Les Frères Inconnus de Memphis
Sous les auspices de la Grande Loge Suisse "Alpina"

 
Ouvrages d'inspiration

La prière du coeur
Le moyen court
Le Kybalion

 



Quelques lectures recommandées
Les extraits de livres présentés ci-dessous reflètent un certain état d'esprit. Il n'est absolument pas nécessaire de les avoir lus pour vous intéresser à la Franc-Maçonnerie  ou pour faire acte de candidature. Ce sont simplement des livres d'inspiration que nous recommandons.
 

La Prière du Cœur selon Louis-Claude de Saint-Martin dit Le Philosophe Inconnu
De Jean-Marc Vivenza
Editions Arma Artis
Extrait : Le « sublime abandon »

La Prière du Cœur selon Louis-Claude de Saint-Martin dit Le Philosophe InconnuDe Jean-Marc Vivenza
Editions Arma Artis

Extrait : Le « sublime abandon »

« L’œuvre de prière pour Saint-Martin, comme nous le découvrons, est donc préalablement une voie d’anéantissement, car elle est, en son étonnante perspective, un chemin au bout duquel Dieu vient prier lui-même en nous, nous faisant passer de l’assujettissement face à la mort aux promesses de la résurrection. Accepter de ce faire un « véritable rien», selon l’expression du Philosophe Inconnu, c’est permettre l’éclosion divine, c’est assister en soi à la transformation des éléments mortels en une substance d’immortalité. « Voilà le véritable abandon, nous révèle Saint-Martin, voilà cet état où notre être est continuellement et secrètement amené de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, et si on ose dire, du néant à l’être ; passage qui nous remplit d’admiration, non seulement par sa douceur, mais bien plus encore parce que cette œuvre reste dans la main divine qui l’opère, et qu’heureusement pour nous, elle nous est incompréhensible, comme toutes les générations dans toutes les classes le sont aux êtres qui en sont les agents et les organes... »

Incompréhensible génération divine, dont l’opération échappe même à Dieu « je ne crains pas même d’avancer, soutient Saint-Martin, que Dieu se ravit perpétuellement dans sa propre génération, mais que s’il l’a comprenait, elle aurait un commencement, puisque sa pensée serait antérieure à cette génération... ». Ce qui s’accomplit dans le cour de l’homme, par l’effet de cet anéantissement, relève donc d’un ordre tellement élevé que l’on éprouve de la peine à en énoncer le mystère. Les fruits de l’abandon sont d’une telle nature, d’une telle surabondante grâce, que l’esprit est soudain saisi d’un trouble qui se justifie aisément, mais qui n’est pourtant pas en mesure de nous voiler complètement le caractère extraordinaire de ce qui se déroule dans l’interne.

Le sens propre de la prière du cœur, pour Saint-Martin, le fruit de l’oraison intérieure, est précisément situé dans l’accomplissement de ce quasi « envahissement » divin dont nous sommes l’objet, par la surprenante arrivée, dans notre fond, de l’Incréé, de ce qui dépasse tout entendement et toute raison, c’est-à-dire du Verbe éternel qui vient prononcer son inestimable Parole au centre de notre centre, dans ce Sanctuaire où seul doit régner le désir de Dieu. Que nous découvre Saint-Martin qui soit si pénétrant et stupéfiant pour éprouver, à ce point, l’homme de désir, et le faire quelque peu chanceler ? Tout simplement, que lorsque « nous avons le bonheur de parvenir à ce sublime abandon, le Dieu que nous avons obtenu par son nom, selon sa promesse, ce Dieu qui se prie lui-même en nous, selon sa fidélité et son désir universel ce Dieu qui ne peut plus nous quitter, puisqu’il vient mettre son universalité en nous, ce Dieu, dis je, ne fait plus de nous que comme habitacle de ses opérations. »

Quel joie, quel immense bonheur résultant du « sublime abandon » 43, quelle inconcevable merveille que Dieu consente à habiter le cœur de l’homme, à installer son Temple, pour que l’on y célèbre le véritable culte de louange et d’invocations, dans le centre le plus intime et le plus fermé de sa créature.

S’abandonner, c’est donc se rendre accessible, ouvert et disponible à celui qui aspire à installer sa résidence en nous, c’est évacuer ce qui obstruait et encombrait l’espace de ce cœur vivant, véritable Temple de la Divinité, le sanctuaire des essentielles liturgies dirigées vers celui qui est le Saint, le Très Haut et Très Puissant Dieu, l’Eternel dont le Nom est béni. Comme Saint-Martin a raison de nous dire : « Heureux l’homme que la Divinité digne choisir, pour en faire un temple où elle vienne s’invoquer elle-même par son propre nom et y jurer en son propre nom qu’elle veillera sur ce temple, et qu’elle l’emploiera à l’exécution et à l’accomplissement de tous ses desseins ! »
Certes la responsabilité est grande et la tâche difficile pour celui qui regardera Dieu descendre jusqu’à lui, mais combien supérieures les grâces et les fruits, qui accompagneront les effets de son « sublime abandon », sur ses peines et ses douleurs, combien sera plus doux le prix de son très pur abandon sur ses souffrances, celui qui verra Dieu venir prier en lui et dresser, lui-même, l’autel où sera célébré son Nom, où sont, nuit et jour, brûlés les aromates qui célèbrent sa grandeur et sa sainteté. « Il doit s’attendre à des travaux pénibles et à un grand asservissement aux ordres de son maître, ne cache pas Saint-Martin ; mais outre que cette fidélité et cette exactitude sont indispensables, même dans l’ordre humain, combien les douceurs et les récompenses qu’il doit attendre de celui qui l’emploie, ne seront- elles pas au-dessus des services qu’il lui rendra ! Ces douceurs peuvent s’étendre au point que l’homme n’ait plus besoin de demander à ce Dieu de venir l’invoquer en lui dans son propre nom ; mais que ce Dieu d’amour et de désir y vienne de lui-même et sans attendre la supplication de l’homme qui alors n’a d’autres prières à faire que des prières d’actions de grâces et de jubilations. On n’a plus même besoin de lu dire, comme l’écriture : priez sans cesse, car le toujours demeure en lui, et n’y peut demeurer sans prier, et sans faire jaillir universellement son éternel désir ; c’est-à-dire sans faire pleuvoir sur nous, et faire couler dans nous des flots de mondes spirituels et des nombres toujours innombrables d’univers divins. » 44 43

 De même que la notion d’anéantissement, le thème de l’abandon occupera une place centrale au sein de la spiritualité chrétienne de l’âge classique en Europe, spiritualité qui régnait sur les esprits et s’imposait largement du temps de Saint-Martin. Venant du latin resignatio, que l’on retrouve à plusieurs occasions dans l’Imitation de Jésus-Christ de Thomas a Kempis, on reconnaît deux sens principaux au mot abandon, soit un sens passif et un sens actif, sens passif lorsque l’âme est réellement, ou en apparence, abandonnée de Dieu, et sens actif lorsque c’est la créature qui s’abandonne à Dieu. Dans les principaux traités de théologie mystique, jusqu’au XVIIIe siècle, on trouve, de manière équivalente, « abandon » et « abandonnement », qui possèdent l’un et l’autre exactement le même sens. Ainsi le P. Binet (1569-1639) parle des « ineffables abandonnements de Jésus-Christ », et Bossuet (1627-1704), dans son sermon du Vendredi saint de 1660, évoquera « l’abandonnement de Jésus-Christ en croix ».

La vie spirituelle, pensent les docteurs, en tant qu’elle fait se rencontrer deux volontés, celle de Dieu et la nôtre, consiste, puisque la volonté de Dieu l’emporte infiniment dans l’œuvre de notre sanctification, à laisser cette volonté divine nous diriger. Il nous faut donc nous « uniformer » à la volonté de Dieu, se remettre soi-même en Dieu avec confiance et détachement, car l’abandon conduit sûrement à la perfection du saint amour, tout en permettant à l’âme d’exprimer son propre amour de Dieu. Le P. Jean de Bernières (1602-1659), dont le P. de Caussade (1675-1751) dans son bel opuscule portant sur l’Abandon à la Providence divine (1740), reprendra les grands principes, soutenait : « Je ne puis plus rien vouloir au ciel, ni en la terre, quelque saint qu’il puisse être, ma volonté me paraît être perdue dans celle de Dieu : […] je n ‘ai pouvoir de vouloir que ce que Dieu veut de moi, ou plutôt de laisser vouloir pour moi, me tenant dans une grande passivité. » (œuvres spirituelles, 1670, p. 264). L’image du saint amour, Notre Seigneur Jésus-Christ, bien évidemment, en fournit lui-même le parfait exemple, véritable modèle d’abandon à chacune des étapes de sa vie terrestre, de la crèche, en passant par sa petite enfance jusqu’aux terribles douleurs de sa Passion pendant lesquelles il remettra son esprit entre les mains du Père. à plusieurs occasions, dans les évangiles, Jésus prononce des paroles d’abandon : « Que votre volonté soit faite et non la mienne » (Luc, XXII, 42), « Non pas comme je veux, mais comme vous voulez. » (Matthieu, XXVI, 39) ; par ailleurs, on le voit recommander l’abandon à Dieu dans les choses temporelles (Matthieu, VI, 25-34), (Luc, XII, 22-31), et les paroles du Pater, sont à cet égard significatives : « Fiat voluntas tua… » Saint Nil (IVe siècle), commentant le Pater, disait : « Ne demande pas que votre volonté s’accomplisse ; car elle n’est point pleinement conforme à la volonté de Dieu ; mais usez plutôt dans votre prière, des paroles que vous avez apprises : « que ta volonté soit faite en moi ». Car en tout, Dieu cherche votre bien et ce qui est utile à votre âme. » (De oratione, ch. 31, PG 79, 1173B). On lira avec intérêt, touchant à cette question, une lettre peu connue de Kirchberger (1739-1799), le correspondant bernois de Saint-Martin, lettre destinée à Gertrude Sarasin, qui apporte de magnifiques éclaircissements sur l’accomplissement et les fruits du nécessaire abandon : « Le grand point est d’obtenir de nos passions, […] de notre imagination, de notre propre volonté, un parfait silence. Alors enfoncez-vous dans votre propre cour et jetez-vous dans les bras de votre bien-aimé Réparateur avec un abandon parfait. Qu’il vous accorde des faveurs ou qu’il vous les suspende, remettez cela à sa sagesse et sa volonté ; regardez-vous comme ne méritant pas ses faveurs, demandez-lui qu’il soit votre guide et votre soutien.

Cette volonté se fera entendre dans le silence dans le fond de votre âme par une voie douce et presque imperceptible, accoutumez-vous à l’écouter et à le suivre […] Une oraison permanente, un amour sincère pour Dieu et pour les hommes […] voilà le chemin qui tôt ou tard nous conduira au port. Si vous suivez cette route purement et simplement, je suis intimement persuadé que le jour arrivera où vous boirez de l’eau vive, de cette eau, qui deviendra en vous une fontaine qui rejaillira jusque dans la vie éternelle, et vous n’en boirez pas sans vous en apercevoir avec délice. Vous me demanderez peut-être ce que c’est que cette boisson divine ? Promettez-moi qu’aucun regard profane ne verra jamais ces lignes, et alors je vous dirai, cette eau qui seule peut désaltérer la soif de votre âme, est l’humanité sainte, le corps glorieux de Notre Seigneur, ce n’est pas seulement un esprit mais une substance essentielle sous l’enveloppe angélique de l’élément pur, qui peut être vu, touché, et senti (Luc, XXJV, 39). Cette substance si subtile qu’elle peut traverser les corps les plus opaques, comme les rayons du soleil traversent une glace transparente […], peut tantôt se montrer, tantôt se dérober à votre vue (Luc, XXIV, 31). C’est cette substance qui fait la véritable nourriture de la Foi. Notre Seigneur lui-même nous révèle ce grand mystère (Jean, VI, 51).» (Lettre de Kirchberger à Gertrude Sarasin, 17 janvier 1795).

44 Saint-Martin affirme que la mise à disposition de notre cœur entre les mains de Dieu, pour qu’il puisse venir y établir sa demeure et y prier, est la marque probante de la vraie foi, que cette « désapropriation » est le signe du pur désir : « C’est alors que tu sentiras ce que c’est que la vraie foi qui n’est autre chose que de regarder Dieu comme le propriétaire de la maison que tu lui cèdes par le pacte que lui et toi font ensemble ; que par conséquent tu dois lui laisser pleine et entière liberté d’user à son gré de tout ce qui compose cette maison ; enfin, que cette vraie foi consiste en ce qu’il n'y ait pas un seul point de toi-même que tu réserves et où tu conserves la moindre propriété, puisque c’est Dieu-même, sa volonté, son opération, son esprit qui doivent occuper et remplir tous ces points qui te constituent, attendu qu’étant devenus sa propriété, ils ne peuvent plus être la tienne. » (La Prière, op. cit., p. 63.).
Le Moyen court et autres récits. Une simplicité subversive.
De Madame Guyon
éditions Jérôme Millon Collection Atopia
Extrait : De l’abandon (IX)

1. C’est un dépouillement de tout souci de nous-mêmes pour nous délaisser entièrement à la conduite de Dieu. Tous les chrétiens sont exhortés par le Saint-Esprit à s’abandonner. Car c’est à tous qu’il est dit : « Ne soyez pas en souci pour le lendemain : votre Père céleste sait tout ce qui vous est nécessaire » (Mt. 6, 32), et de plus : « Remettez entre ses mains toutes vos inquiétudes, car il prend soin lui-même de vous » (JR 5, 7). Surtout c’est le propre des enfants de grâce d’être ainsi abandonnés, car un enfant n’a point souci de soi ; il ne pense ni au passé, ni à l’avenir : et il ne sait simplement que vivre dans ce moment présent, étant très indifférent pour tout ce qu’on veut faire de lui.
2.  Les enfants associés à Jésus se doivent distinguer des autres enfants des hommes par un total abandon, dont la pratique est :
– de perdre sans cesse toute volonté propre dans la volonté de Dieu, et [de] renoncer à toute inclination particulière sitôt qu’on la sent naître, quelque bonne qu’elle paraisse, pour se mettre dans l’indifférence et ne vouloir que ce que Dieu a voulu dès son éternité.
– [d’] être indifférent à toutes choses, soit pour le corps ou pour l’âme, et pour les biens temporels ou éternels.
– [de] laisser le passé dans l’oubli, l’avenir à la providence, et donner le présent à Dieu, nous contentant du moment actuel qui nous apporte avec soi l’ordre éternel de Dieu sur nous, et qui nous est la déclaration autant infaillible de la volonté de Dieu, comme elle est commune et inévitable pour tous.
– [de) ne rien attribuer à la créature de tout ce qui nous arrive, mais [de] regarder toutes choses en Dieu et les recevoir comme venant infailliblement de sa main, à la réserve de notre propre péché.

3.  L’enfant de grâce se contente de la foi et de l’abandon par lesquels il marche dans les voies sûres et communes, sans ambitionner rien d’extraordinaire, ni goûts, ni douceurs, ni sentiments délicieux, ni lumières sublimes, ni dons gratuits. Je délaisse à Dieu ce qui lui arrive tel qu’il est, sans rien prendre ni rien mettre pour soi, sans s’arrêter à le discerner, ni examiner si cela vient de Dieu ou non. Mais, par un généreux abandon, il outrepasse tout cela, pour courir infatigablement à Dieu sans s’arrêter aux moyens qui, n’étant pas son bien souverain, ne peuvent lui donner un parfait repos.

4.  Ayant appris de Dieu à vivre de foi et de pur amour, il reçoit avec égalité tout ce qui lui est donne de moment en moment : lumières ou ténèbres, facilité ou stérilité, force ou faiblesse, vigueur ou impuissance, douceur ou amertume, tentations, distractions, scrupules. Rien de tout cela ne l’arrête, car son fidèle abandon dévore tout. Ne voulant rien que ce que Dieu veut et ne pouvant douter que ce qui lui arrive de moment en moment ne soit l’ordre visible de Dieu qui dispense tout cela, soit par sa justice ou par sa miséricorde, et toujours par sa sagesse irréprochable, cela lui suffit.

5.  Mais qui pourrait dire jusqu’où se doit porter cet abandon suivant la grâce qui en est accordée jusqu’à devenir enfant ou saintement insensé pour toutes choses ? Jusqu’à agir sans connaissance, sans résistance, sans répugnance, sans hésitation, sans réserve, sans défense et sans bornes, ainsi qu’une personne qui n’est plus ou qui ne peut non plus être en peine d’elle-même que si elle n’était pas au monde. Ce n’est pas s’en fier entièrement à Dieu si l’on n’en vient jusque là. C’est plutôt vouloir partager avec lui la souveraineté, se réservant le domaine de sa propre conduite en quelque chose. Ce qui se doit entendre et pratiquer selon le degré où l’on en est arrivé. Et à mesure que Dieu découvre à l’âme de nouveaux abandons qu’il exige d’elle, un fidèle abandonné ne peut être trompé, car comment serait-on trompé, se fiant à Dieu seul ? Ce n’est que le jugement ou la volonté que l’on appuie sur quelque chose, qui fait qu’on la croit, qu’on la veut, qu’on se l’approprie et qu’on s’y attache. Mais celui qui ne croit que ce que Dieu voit et qui ne le croit que tel que Dieu le voit, et celui qui ne veut que ce que Dieu veut, et qui ne le veut qu’en la manière que Dieu le veut, comment pourrait-il être trompé en cela puisqu’il ne le regarde que dans la vue et la volonté de Dieu ? Puisqu’il n’a point d’autre jugement ni d’autre volonté là-dessus que le jugement et la volonté de Dieu ?

6.  Un vrai abandonné ne peut non plus pécher à moins qu’il ne sorte de son abandon. Car c’est de lui qu’il est écrit : « quiconque est né de Dieu ne pèche point, mais la naissance qu’il tient de Dieu le conserve, et le Malin n’a point de pouvoir sur lui » (I Ja. 5,18). Comment pourrait-il pécher étant tout remis entre les mains de Dieu et ne se mouvant plus lui-même, mais se laissant mouvoir à Dieu ? S’il pèche, c’est parce qu’il se reprend et que, sortant de l’abandon, il retombe en soi-même. Ceux qui ne goûtent pas cette perte abîmée dans le sein de Dieu, font assez voir par là qu’il ne l’aiment guère, et qu’ils sont encore grands amateurs d’eux-mêmes. Et leur défiance lui est bien injurieuse puisqu’ils croient qu’il y a du danger à s’abandonner à lui ou qu’on peut trop se confier en sa bonté.

7.  Quiconque est bien abandonné rend à Dieu un hommage digne de lui, le reconnaît excellemment pour son créateur, son principe et sa fin, et, par une parfaite religion et très exacte justice, rend à sa souveraineté ce qui lui est dû. Il l’aime d’un pur amour et ce n’est que par là qu’il le peut aimer par-dessus toutes choses et plus que soi-même. Et quiconque ne connaît pas ce généreux désintéressement, ne connaît pas le pur amour. C’est « adorer Dieu en esprit et en vérité » On. 4, V23) : en esprit, au-dessus de toute propre connaissance, et en vérité au-dessus de tout propre intérêt. C’est faire la volonté de Dieu sur la terre, comme les bienheureux la font dans le ciel. C’est pour honorer Dieu par un abandon infini que le Fils de Dieu s’est fait enfant, et quiconque veut le plus l’honorer, doit vivre dans cette enfance. Et l’Enfance même de Jésus donne grâce pour cela à ceux qui marchent sur ses premiers pas.

8.  Si l’on en usait ainsi, il n’y aurait point de plaintes ni d’impatiences, ni de murmures. Toutes les disgrâces seraient bien reçues : les pertes, pauvretés, maladies, morts, n’étonneraient point. « La Sagesse de Dieu serait toujours justifiée par ses enfants » (Lc. 7, 35), et ils ne craindraient non plus les maux de cette vie qu’un enfant ne les craint dans son berceau. 

9.  Ce qui nous est le plus nécessaire est également le plus aisé, savoir : de connaître la volonté de Dieu. Et c’est sans nécessité que l’on se met si fort en peine de la découvrir. On emploie toute la vie à chercher la volonté de Dieu et les moyens de l’accomplir, et nous avons tout cela si proche de nous qu’il n’y a qu’à bien faire ce que nous devons faire dans le moment présent, sans souvenir du passé ni souci de l’avenir, et que la volonté de Dieu n’est autre chose que ce qu’il permet de nous arriver à chaque instant. Ce moyen de trouver Dieu et de le rencontrer dans son ordre est très aisé, puisque c’est Dieu même qui fait tout cela.
 Voilà un intérieur tel que Jésus Enfant le désire dans ses petits frères. [...]

Le Kybalion – Etude sur la Philosophie Hermétique de l’Ancienne Egypte & de l’Ancienne Grèce.
« Les lèvres de la Sagesse sont closes excepté aux oreilles de la Raison. »
De Trois Initiés
Perthuis éditions H. Durville
Extrait : Les Plans de Correspondance (VIII)

« Ce qui est en Haut est comme ce qui est en Bas ; ce qui est en Bas est comme ce qui est en Haut. » Le Kybalion.
Ce deuxième Grand Principe hermétique implique cette vérité qu’il existe une harmonie, un rapport, une correspondance entre les différents plans de Manifestation de la Vie et de l’être. Celte affirmation est une vérité parce que tout ce que contient l’Univers émane de la même source ; les mêmes lois, les mêmes principes, les mêmes caractéristiques s’appliquent à chaque unité ou à toute combinaison d’unités d’activité et chacune d’elle manifeste ses propres phénomènes sur son propre plan.

Pour la commodité de la pensée cl de l’étude, la Philosophie hermétique considère que l’Univers peut être divisé en trois grandes classes de phénomènes connues comme les Trois Grands Plans ; ils s’appellent :

1 Le Grand Plan Physique.
2 Le Grand Plan Mental.
3 Le Grand Plan Spirituel.

Ces divisions sont plus ou moins artificielles ou arbitraires car la vérité est que chacune de ces trois divisions n’est qu’un degré supérieur de la grande échelle de la Vie, le degré le plus bas étant évidemment la Matière et le plus haut, l’Esprit. D’ailleurs, les différents Plans se fondent les uns dans les autres, si bien qu’il n’est pas possible d’établir de division bien nette entre les phénomènes supérieurs du Plan Physique et les phénomènes inférieurs du Plan Mental, ou entre les phénomènes supérieurs du Plan Mental et les phénomènes inférieurs du Plan Spirituel.
En un mot, les Trois Grands Plans peuvent être considérés comme trois grands groupes de degrés dans les Manifestations de la Vie. Bien que le but de ce petit ouvrage ne nous permette pas d’entrer dans une discussion détaillée et dans une explication étendue de ces différents plans, il nous paraît utile cependant d’en donner ici une description générale.

Nous pouvons d’abord étudier la question si souvent posée par le néophyte qui désire être renseigné sur la signification du mot « Plan », terme dont on s’est servi à satiété, mais que l’on a bien pauvrement appliqué dans les nombreux ouvrages modernes sur l’Occultisme. La question est généralement posée comme ceci : « Un Plan est-il un endroit ayant des dimensions, ou est-ce simplement une condition ou un état ? » Nous répondons : « Non, ce n’est pas un endroit mesurable ni une dimension ordinaire de l’espace ; c’est même plus qu’un état on une condition. Un plan peut être considéré comme un état ou une condition susceptibles d’être mesurés ». C’est paradoxal, direz-vous ? Examinons la question en détail. Une « dimension », vous le savez, est « une mesure en ligne droite, une chose se rapportant à une mesure en ligne droite, une chose se rapportant à une mesure », etc. Les dimensions ordinaires de l’espace sont la longueur, la largeur et la hauteur ou mieux la longueur, la largeur, la hauteur, l’épaisseur et la circonférence. Mais il existe une autre dimension des « choses créées », une autre « mesure en ligne droite » connue des occultistes et aussi des savants bien que ceux-ci ne lui appliquent pas encore le mot « dimension » ; cette nouvelle mesure n’est autre chose que la « Quatrième dimension », si connue et si exploitée et qui sert à déterminer les différents degrés ou « plans ».

Cette Quatrième Dimension peut être appelée « la Dimension de la Vibration ». C’est un fait bien connu de la science moderne aussi bien que des hermétistes qui ont incorporé dans le « Troisième Principe Hermétique », la vérité que « tout est en mouvement ; tout vibre ; rien ne se repose ». Depuis les manifestations les plus élevées jusqu’aux manifestations les plus basses, tout Vibre. Non seulement tout vibre à des vitesses différentes, mais tout vibre dans des directions et des manières différentes. Les degrés du « taux » de vibration constituent les degrés des mesures sur l’échelle (les Vibrations ; en d’autres termes, ils constituent les degrés de la Quatrième Dimension. Ces degrés constituent ce que les occultistes appellent les « Plans ». Plus le taux de la vibration est élevé, plus est élevé le Plan, et plus est élevée la manifestation de Vie qui occupe ce Plan. Ainsi, bien qu’un Plan ne soit ni un « endroit », ni un « état », ni une « condition », il possède cependant des qualités communes. Nous insisterons plus longuement sur l’échelle des Vibrations dans nos prochaines leçons, dans lesquelles nous étudierons le Principe hermétique des Vibrations.

Vous voudrez bien vous souvenir cependant, que les Trois Grands Plans ne sont pas des divisions réelles des phénomènes de l’Univers, mais de simples expressions arbitraires dont se servent les hermétistes pour faciliter la pensée et l’étude des divers degrés et des différentes formes d’activité et de vie universelle. L’atome de matière, l’unité de force, l’esprit de l’homme et l’état d’archange ne sont que les échelons différents de la même échelle ; ils sont tous d’origine semblable, la seule différence qu’il y ait étant une différence de degré et de taux de vibration ; toutes ces choses sont des créations Du Tout et existent dans l’Esprit Infini Du Tout.
 Les Hermétistes subdivisent chacun des Trois Grands Plans en Sept Plans Inférieurs ; chacun de ces derniers est aussi subdivisé en sept sous-plans ; toutes ces divisions sont, naturellement, plus ou moins arbitraires, car elles se confondent plus ou moins les unes dans les autres ; elles ne sont adoptées que pour faciliter la pensée et l’étude scientifique. Le Grand Plan Physique et ses Sept Plans Inférieurs est cette partie des phénomènes de l’Univers qui contient tout ce qui se rapporte aux choses, aux forces et aux manifestations physiques et matérielles, il comprend toutes les formes de ce que nous appelons Matière et toutes les formes de ce que nous appelons énergie ou Force. Vous ne devez pas oublier que la Philosophie hermétique ne reconnaît pas la Matière comme une « chose en elle-même », ou comme possédant une existence séparée, même dans l’Esprit Du Tout. La Doctrine enseigne que la Matière n’est qu’une forme d’énergie, c’est-à-dire, de l’énergie possédant un taux inférieur de vibrations d’une certaine sorte. Par suite, les hermétistes classent la Matière sous le titre d’énergie et lui donnent trois des Sept Plans Inférieurs du Grand Plan Physique.

Ces Sept Plans Physiques inférieurs sont les suivants :

1 Le Plan de la Matière (A)
2 Le Plan de la Matière (B)
3 Le Plan de la Matière (C)
4 Le Plan de la Substance Ethérée,
5 Le Plan de l’énergie (A)
6 Le Plan de l’énergie (B)
7 Le Plan de l’énergie (C).