Les Frères Inconnus de Memphis
Sous les auspices de la Grande Loge Suisse "Alpina"

Table des Matières
Fonction de la Maçonnerie
Déclaration de Principe
La Franc-Maçonnerie en général


Hermétisme

Hermès Trismégiste
Giordano Bruno

Kabbale

YHWH
Rose-Croix
Christian Rosenkreutz

John Theophilus Desaguliers
James Anderson

La Franc-Maçonnerie en Suisse

J.-B. Willermoz
Élus Coëns
Martines de Pasqually
Louis-Claude de Saint-Martin
Comte de Cagliostro
Robert Ambelain
Papus
Illuminisme
Maître Philippe de Lyon
D’Eckartshausen

Déisme

Jakob Böhme
Emanuel Swedenborg
Mme Guyon

Le but de la Franc-Maçonnerie
Critiques envers la Franc-Maçonnerie

Critiques religieuses
Critiques catholiques
Critiques protestantes
Critiques musulmanes
Oppositions politiques
Oppositions monarchiques
Oppositions communistes
Persécutions nazies

L'influence Maçonnique ou l'Opérativité Maçonnique
Qu'est-ce qu'un Rite Maçonnique
Les idées maîtresses de la Franc-Maçonnerie

Qu'est-ce qu'une Loge Maçonnique
Les travaux en Loge
Les outils et les symboles
Tenue
Degrés


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Fonction de la Franc-Maçonnerie
La Franc-Maçonnerie a pour fonction première de développer ce qui manque le plus de nos jours : la conscience de notre être, en favorisant la réalisation du principe qui, au cœur de notre mental, éclaire nos pensées et inspire nos actions afin de rétablir la hiérarchie fonctionnelle en chacun de nous.
Cette conscience de notre essence confère tout naturellement :
– le pouvoir de gérer notre avoir que constituent non seulement nos biens matériels, mais surtout nos fonctions physiques, affectives et mentales ;
– la capacité de tirer l’essentiel de la minute initiatique que nous vivons et la volonté d’assumer pleinement notre responsabilité… et ce avec toujours plus de lucidité.
Cette conscience vivante de l’universel implique évidemment le dépassement de nos croyances particulières et des images que nous nous faisons d’un Dieu, incarné ou non, fait à notre image.
Notre devoir est donc de remplir cette fonction initiatique, à chaque instant, en nous-mêmes d’abord (c’est l’hygiène mentale du Maçon), dans le couple, la famille, la profession et la société. C’est là notre travail opératif de tous les instants
Une telle attitude présente l’avantage de nous maintenir constamment au-delà de ce qui nous sépare, c’est-à-dire des croyances, dogmes, statuts et règlements qui sont certes des béquilles indispensables mais seulement au tout début de notre évolution.
Elle nous libère également de tout attachement excessif ou identification à une organisation, institution ou ordre, qui ne sont que l’écorce de la tradition initiatique.



Déclaration de Principes
Déclaration de Principes destinée avant tout aux hommes qui, pour se présenter à la Franc-Maçonnerie, veulent en connaître ses principes.

La Franc-Maçonnerie proclame, comme elle l'a proclamé dès son origine, l’existence d’un principe créateur, sous le nom de Grand Architecte de l’Univers.
Elle n’impose aucune limite à la recherche de la vérité et c’est pour garantir à tous cette liberté qu’elle exige de tous la tolérance.

La Franc-Maçonnerie est donc ouverte aux hommes de toute nationalité, de toute race, de toute croyance.
Elle interdit dans les ateliers toute discussion politique et religieuse ; elle accueille tout profane, quelles que soient ses opinions en politique et en religion, dont elle n’a pas à se préoccuper, pourvu qu’il soit libre et de bonnes mœurs.

La Franc-Maçonnerie a pour but de lutter contre l’ignorance sous toutes ses formes ; c’est une école mutuelle dont le programme se résume ainsi : obéir aux lois de son pays, vivre selon l’honneur, pratiquer la justice, aimer son semblable, travailler sans relâche au bonheur de l’humanité et poursuivre son émancipation progressive et pacifique.

Voilà ce que la Franc-Maçonnerie adopte et veut faire adopter à ceux qui ont le désir d’appartenir à la famille maçonnique.
Mais à côté de cette déclaration de principes, le Convent a besoin de proclamer les doctrines sur lesquelles la Maçonnerie s’appuie ; il veut que chacun les connaisse,

Pour relever l’homme a ses propres yeux, pour le rendre digne de sa mission sur la terre, la Maçonnerie pose le principe que le Créateur suprême a donné à l’homme, comme bien le plus précieux, la liberté ; la liberté, patrimoine de l’humanité toute entière, rayon d’en haut qu’aucun pouvoir n’a le droit d’éteindre ni d’amortir et qui est la source des sentiments d’honneur et de dignité.

Depuis la préparation au premier grade jusqu’à l’obtention du grade le plus élevé de la Maçonnerie écossaise, la première condition sans laquelle rien n’est accordé à l’aspirant, c’est une réputation d’honneur et de probité incontestée.

Aux hommes pour qui la religion est la consolation suprême, la Maçonnerie dit : Cultivez votre religion sans obstacle, suivez les inspirations de votre conscience ; la Franc-Maçonnerie n’est pas une religion, elle n’a pas un culte ; aussi elle veut l’instruction laïque, sa doctrine est toute entière dans cette belle prescription : Aime ton prochain.

à ceux qui redoutent avec tant de raison les dissensions politiques, la Maçonnerie dit : Je proscris de mes réunions toute discussion, tout débat politique ; sois pour ta patrie an serviteur fidèle et dévoué, tu n’as aucun compte à nous rendre. L’amour de la patrie s’accorde d’ailleurs si bien avec la pratique de toutes les vertus !

On a accusé la Maçonnerie d’immoralité ! Notre morale, c’est la morale la plus pure, la plus sainte ; elle a pour base ta première de toutes les vertus : l’humanité. Le vrai Maçon fait le bien, il étend sa sollicitude sur les malheureux, quels qu’ils soient, dans la mesure de sa propre situation. Il ne peut donc que repousser avec dégoût et mépris l’immoralité.

Tels sont les fondements sur lesquels repose la Franc-Maçonnerie et qui assurent à tous les membres de cette grande famille l’union la plus intime, quelle que soit la distance qui sépare les divers pays qu’ils habitent, c’est entre eux tous, l’amour fraternel. Et qui peut mieux attester cette vérité que la réunion même de notre convent ?

Inconnus les uns des autres, venant des pays les plus divers, à peine avions-nous échangé les premières paroles de bienvenue que déjà l’union la plus intime régnait entre nous ; les mains se serraient fraternellement, et c’est au sein de la plus touchante concorde que nos résolutions les plus importantes ont été prises d’un assentiment unanime.

Francs-Maçons de toutes les contrées, citoyens de tous les pays, voilà les préceptes, voilà les lois de la Franc-Maçonnerie, voilà ses mystères. Contre elle les efforts de la calomnie demeurent impuissants, et ses injures resteront sans écho ; marchant pacifiquement de victoire en victoire, la Franc-Maçonnerie étendra chaque jour son action morale et civilisatrice.


Manifeste du Convent de Lausanne, 22 septembre 1875

La Franc-Maçonnerie en général
En juin 1717, quatre Loges anglaises assemblées dans une taverne du quartier de Saint-Paul, l’Oie et le Gril décident de se constituer en Grande Loge. Anthony Sayer est élu Grand Maître. D’où viennent ces Loges, qui sont ces Frères, personne ne peut vraiment le dire. Ce que l’on sait, c’est qu’aucun d’entre eux n’a de lien avec les métiers du bâtiment mais sont plutôt de petits boutiquiers, des commerçants, tous de condition modeste. La raison de ce regroupement est de constituer une caisse commune dite caisse de solidarité afin de subvenir aux besoins de Frères dans la détresse et de soutenir leur famille.
Bien que n’ayant aucun rapport avec les maçons opératifs – les maçons de métier qui construisent entre autres les cathédrales –, ces Frères suivent des rituels pour conduire leurs assemblées et utilisent des maillets des compas, des équerres, des niveaux et des fils à plomb habituellement employés dans l’univers de la construction.
Nous verrons plus tard que tous ces outils ont une autre fonction, plus spéculative, car ils sont tous des symboles qui vont permettre aux Frères de découvrir, de comprendre et de suivre les Règles édictées par le Grand Architecte de l’Univers – architecte, encore un terme issu de la maçonnerie opérative – reconnu par l’ensemble des Maçons comme le Créateur de Tous les Mondes.
Si aucun document ne permet de retracer l’histoire de ces quatre Loges de base on sait par contre que plusieurs autres Loges extrêmement discrètes existaient auparavant en Ecosse issues certainement d’associations de maçons opératifs qui accueillaient de temps en temps de riches notables, des protecteurs ou des patrons qui leur accordaient à ces occasions de substantiels dons financiers.
Le plus ancien Maçon connu est Elias Ashmole, initié à Warrington dans le Lancashire, en octobre 1646. Ashmole est emblématique des premiers Maçons spéculatifs dont il personnifie le côté intellectuel. Amateur de choses anciennes, féru d’héraldique, de généalogie, d’hermétisme et de Kabbale, Ashmole était très proche de Robert Moray, premier président de la Royal Society, lui-même fortement influencé par le courant Rose-Croix. C’est l’un des premiers Maçons spéculatifs écossais dont l’histoire a retenu le nom.
En 1719, Jean-Théophile Désagulier, fils d’un pasteur de La Rochelle. France, émigré en Angleterre lors de la révocation de l’Edit de Nantes, est élu Grand Maître de la Grande Loge. Très différent d’Anthony Sayer, Désagulier a étudié à Oxford, est ministre de l’Eglise d’Angleterre, spécialiste de philosophie naturelle, c’est-à-dire de physique newtonienne et est l’un des plus proches collaborateurs d’Issac Newton à la Royal Society.
Entre 1720 et 1750, un nombre impressionnant d’aristocrates proches de la nouvelle dynastie hanovrienne et de membres de la Royal Society rejoignent la Grande Loge et lui fournissent ses cadres et ses Grands Maîtres.
La véritable Maçonnerie spéculative surgit donc à la fin du XVII ème siècle dans le sillage de la révolution scientifique et de la crise de conscience européenne. Religion sans dogme, église sans sacrement, la Maçonnerie spéculative va conquérir le monde avec des notions simples dont et entre autres, la tolérance, la fraternité et la raison.
La Franc-Maçonnerie doit aux maçons opératifs son cadre de rituel, ses symboles, ses usages de sociabilité et ses codes. La légende est établie en 1723 par un autre ecclésiastique, un presbytérien écossais choisi par Désagulier : le pasteur James Anderson qui rédige Le Livre des Constitutions de la jeune Grande Loge.
Ce livre, basé sur une multitude de textes vénérables, retrace l’histoire du métier, c’est-à-dire de ses règles de fonctionnement. Il s’appuie sur des textes traditionnels révérés par les vieux Maçons de métier, les Old Charges (Anciens Devoirs) dont les premiers remontent à la fin du XIVème siècle entre autres, le Manuscrit Regius et le Manuscrit Cooke.
Achevé en 1723, ce texte devient le modèle et la matrice des règlements maçonniques du monde entier. Tous les Francs-Maçons le tiennent pour un texte fondateur.
Les Constitutions dites d’Anderson recommandent aux Francs-Maçons dans leur Titre Premier, concernant Dieu et la religion, d’adopter une religion « sur laquelle tous les hommes sont d’accord, laissant à chacun ses propres opinions, c’est-à-dire d’être des hommes bons et loyaux, ou hommes d’honneur et de probité, quelles que soient les dénominations ou confessions qui aident à les distinguer ».
Le Titre Deuxième rappelle que le « maçon est un paisible sujet à l’égard des pouvoirs civils, en quelque lieu qu’il réside ou travaille, et ne doit jamais être mêlé aux complots et conspirations contre la paix et le bien-être de la nation, ni manquer à ses devoirs envers les magistrats inférieurs ; car la Maçonnerie a toujours pâti de la guerre, de l’effusion de sang et du désordre ».
Le portrait du Franc-Maçon idéal est défini au Titre Troisième : « Les personnes admises comme membres d’une loge doivent être des hommes bons et loyaux, nés libres, ayant l’âge de la maturité d’esprit et de la prudence, ni serfs, ni femmes, ni hommes immoraux ou scandaleux, mais de bonne réputation ». On le voit, certaines restrictions, notamment vis-à-vis des femmes, inspirées de l’organisation sociale de l’époque, semblent ne plus correspondre aux aspirations actuelles. La Franc-Maçonnerie féminine existe depuis de nombreuses années ainsi que des Loges mixtes. Si leur existence est pour certaines reconnue par la Grande Loge d’Angleterre l’exclusion, si elle reste encore d’actualité, n’empêche nullement les Frères et les Sœurs d’obédiences différentes de travailler activement et d’œuvrer pour le bien-être de tous au sein de leur Loge respective.



Hermétisme
L’hermétisme est une doctrine ésotérique fondée sur la recherche intérieure, et inspirée par Hermès Trismégiste. On peut la définir comme un culte où il n’y a pas de révélation, mais où il s’agit de chercher la vérité à l’intérieur de soi. Cette vérité est personnelle à chacun et n’est pas communicable.
Hermétisme est souvent employé comme synonyme d’alchimie, mais en réalité, l’alchimie est seulement l’une des disciplines de la science hermétique. Le texte fondateur le plus connu de cette science ésotérique est La Table d’émeraude (Tabula Smaragdina), attribuée à Hermès Trismégiste. L’Hermès grec n’étant autre que le dieu Mercure des Romains, qui est aussi le nom d’un des deux principes mis en œuvre par la pratique alchimique, avec le Soufre.
Le Soufre et le Mercure alchimiques ne sont pas du soufre et du mercure vulgaires, mais des principes qui présentent des analogies avec ces deux substances.
La littérature hermétique s’est répandue dans le monde antique entre le Ier et le IIIe siècle après J.–C, parallèlement à la pensée chrétienne. Les fragments qui subsistaient encore au Moyen âge furent regroupés sous l’appellation Corpus Hermeticum par les moines érudits.


Hermès Trismégiste
Hermès Trismégiste (qui signifie « Hermès trois fois très grand », en Grec) est le nom greco-romain d'un personnage légendaire, qui aurait été un prêtre égyptien du dieu Thot, assimilé après sa mort à ce dieu même, mais dont l'authentification historique reste une énigme discutée. Hermès est d'origine grecque mais, avant qu'il fut qualifié trismegiste, son culte fut rendu à Hermopolis Magna que les Grecs d'époque ptolémaïque avaient érigée, dans une région désertique, mais néanmoins précise sur la rive opposée et face aux ruines de la beaucoup plus antique cité d'Akhenaton dite Amarna.
Selon Cicéron (De la nature des dieux, III, 22), il y eut cinq Mercure et le cinquième se réfugia en Egypte. Clément d'Alexandrie (Strômates, VI, 4) indique qu'il existe 42 livres d'Hermès Trismégiste, dont 36 contiennent l'ensemble de la philosophie égyptienne et 6 autres la médecine.
Marsile Ficin dit ceci : « Ils appelèrent Trismégiste trois fois grand parce qu'il était excellent comme le plus grand philosophe, le plus grand prêtre, et le plus grand roi. » Quant à l'origine même de la qualification de « Triple » elle se situe au début du Christianisme, c'est à dire juste après que Rome a envahi par les armes l'Égypte ptolémaïque, César et Cléopâtre supprimés et la ville d'Hermopolis Magna abandonnée, comme mille ans avant Amarna l'avait été; il devient alors associé, outre à Adon, à Moïse et à Orphée. Les dénommés « Pères de l'Église » (St Augustin, Lactance et d'autres) ainsi que les Historiens (Strabon) durant cette époque, dépeignaient Hermès Trismégiste comme un roi ou prêtre d'Égypte d'une très haute antiquité qui avait établi un culte monothéiste, solaire et révolutionnaire.
Selon des sources traditionnelles Thot, Hermès, Mercure sont les trois noms chronologiques (égyptien, grec, romain) de la même entité (le Moyen-âge ou la Renaissance l'appelaient également Triplex ou Hermès Thoth Trismégiste) – mais il évoque aussi trois initiations synchrones : l'Egyptien, Moïse et Orphée.
Une doctrine philosophico-religieuse : l'hermétisme, dont il serait le fondateur, a été placée sous le patronage du personnage historique ou légendaire; elle se présente comme une religion gréco-égyptienne qui prétend interpréter d'anciennes doctrines originaires de la vallée du Nil. Ce syncrétisme entre des mythes égyptiens et la philosophie néo-platonicienne s'est développé à Alexandrie et s'est répandu dans l'ensemble de l'empire romain. Ensuite le christianisme entretient avec lui des rapports ambigus : vénéré à l'origine, parfois même estimé comme initiateur de Moïse, sa doctrine ressemble à ce que le Moyen-âge connaissait comme « science » en parallèle aux dogmes d'Église – de sorte qu'à la Renaissance, lorsque l'Église entre en conflit avec la science (stigmatisation avec Galilée, Giordano Bruno) l'hermétisme est finalement proscrit par l'Inquisition.
Longtemps après son éclosion, les écrits de cette doctrine ont été réunis dans le Corpus Hermeticum qui est une compilation de dix-sept traités dialogués brefs et souvent fragmentaires dans lesquels Hermès enseigne à son fils Tat ou à Asklepios. Le premier de ces traités, le Poïmandres donna longtemps son titre à l’ensemble du recueil. Poïmandres, qui est le nom du « Noûs de la souveraineté absolue », serait dérivé de l’égyptien ou du copte P-eime-n-ré (connaissance du Dieu Soleil Rê). Le Poïmandres et le Traité X, présentent de véritables résumés de l’enseignement d’Hermès (cosmogonie, anthropologie, eschatologie); les autres traités s’attachent à des questions plus particulières (problèmes du mouvement, du vide, du temps et de l’éternité, de la régénération, etc.).
Dans la croyance populaire, Hermès passait pour avoir écrit la Table d'émeraude (dont on sait aujourd'hui qu'il s'agit d'un texte arabe du IXe siècle).
On a aussi discuté l'historicité et l'antériorité de ces textes ; l'Inquisition les a proscrits au prétexte qu'ils étaient tardifs/récents. Actuellement l'archéologie et la découverte de Nag Hammadi atteste de leur racine au moins préchrétienne.
L'Hermétisme s'est opposé au christianisme dogmatique ; il est ainsi apparu comme le dernier bastion de résistance à la Religion d'Etat. Il s'est aussi heurté aux doctrines dualistes gnostiques en vogue à l'époque pour qui le monde est mauvais. Les mythes hermétiques se différencient du gnosticisme par une vision unitaire et optimiste du monde, dans laquelle l'âme élue peut se sauver et se fondre dans le grand Tout.



Giordano Bruno
Filippo Bruno naît en janvier 1548 à Nola, bourgade proche de Naples, d’une famille qui ne dispose que de revenus modestes et c’est l’école la plus proche qui lui donne une instruction. Imprégné d’humanisme, d’auteurs classiques, d’étude de la langue et de la grammaire latine, il restera toutefois marqué par le pédantisme qui accompagne l’enseignement et le rebute. Il part rejoindre l’université publique, à Naples, où il découvrira la mnémotechnique, l’art de la mémoire, qui constituera rapidement l’une de ses disciplines d’excellence. Il prend aussi des cours particuliers qui le mettent au cœur des débats philosophiques entre platoniciens et aristotéliciens.
Sa culture, alors essentiellement humaniste, va s’enrichir d’un apport théologique déterminant. En effet, il entre le 15 juin 1565 chez les Frères prêcheurs de San Domenico Maggiore prestigieux couvent dominicain d’une part, pour la qualité des titres qu’il délivre, titres incontestés et réputés dans toute l’Italie et d’autre part, parce qu’il est un précieux refuge en ces temps de disette et d’épidémie. Il y rencontre Giordano Crispo, maître en métaphysique, auquel il rend hommage en adoptant son prénom. Il est alors un dominicain modèle, vivant selon la devise verba et exempla (par le verbe et par l’exemple) et ordonné prêtre en 1573.
Il devient lecteur en théologie en juillet 1575. S’il semble continuer sa carrière de dominicain modèle (il soutient une thèse sur la pensée de Thomas d’Aquin et de Pierre Lombard), Bruno dissimule en fait une rébellion contre le carcan théologique. Au fil des années, il a su se forger une culture éclectique et peu orthodoxe, sans cesse alimentée par un appétit vorace de lecture et des capacités exceptionnelles de mémorisation. Il est tout particulièrement adepte des œuvres d’Érasme, humaniste catholique qui use d’une certaine liberté par rapport aux autorités ecclésiastiques. Pire, il a le goût de l’hermétisme, la magie. Enfin grandit une passion prémonitoire pour la cosmologie détachée de l’approche théologique.
La rupture qui couvait finit par être consommée. Dès sa première année de noviciat, il avait ôté des images saintes de sa chambre, notamment celles représentant Marie, s’attirant l’accusation de profanation du culte de Marie. Au fil des années, les heurts deviennent plus durs, tout particulièrement au sujet de la Trinité, dogme qu’il repousse. Finalement, en février 1576, il doit abandonner le froc dominicain et fuir, une instruction ayant été ouverte à son encontre qui doit le déclarer hérétique.
Il rejoint Lyon, puis Toulouse, alors sujette au dogmatisme catholique le plus intègre. Toutefois, il parvient à enseigner deux ans durant, alternant la physique et les mathématiques et à publier un ouvrage sur la mnémotechnique: Clavis Magna. Intéressé par l’ouvrage et impressionné par la mémoire colossale de Bruno, Henri III le fait venir à la cour et devient son protecteur, lui offrant, jusqu’en 1583, cinq années de paix et de sécurité. Il figure parmi les philosophes attitrés de la cour, enseigne au Collège des lecteurs royaux (le Collège de France) et développe sa pensée. Son discours s’arrondit, et face aux tensions religieuses, adopte une position tolérante. En 1582, son talent d’écrivain, ironique et lyrique, vivant, imagé, se confirme dans Candelaio (Le Chandelier), comédie satirique sur son temps.
En avril 1583, Bruno se rend en Angleterre, à Londres puis à Oxford, où il reçoit un accueil hostile. Précédées par une réputation brillante mais sulfureuse, ses idées malmènent l’église anglicane; il essuie de nombreuses critiques. Sûr de lui et de ses idées, plein de mépris pour les idées de ses contradicteurs, Bruno consacre deux années à répliquer; il apparaît alors comme un philosophe, théologien et scientifique novateur mais impertinent.
Dans ces ouvrages il expose sa vision cosmographique audacieuse et révolutionnaire. Il y soutient les thèses coperniciennes du monde et va au-delà encore en imaginant un univers peuplé d’une infinité de mondes.
En 1585, trois nouveaux ouvrages approfondissent et poursuivent ses audaces:
– Spaccio de la Bestia Trionfante (L’expulsion de la bête triomphante) s’attaque aux attitudes calvinistes et catholiques.
– Cabala del cavallo Pegaseo (La cabale du cheval Pégase), opuscule satirique, démolit systématiquement la vénérable référence aristotélicienne.
– De gl’ heroici furori (Les fureurs héroïques) élimine l’idée d’un monde centré, présente un univers où Dieu n’a plus de lieu.<
À l’issue d’une dernière expulsion, Bruno accepte en août 1591 l’invitation à Venise d’un patricien de la famille Mocenigo. Les deux hommes ne s’entendent pas : Bruno revient probablement motivé par l’envie d’être nommé à la chaire de mathématiques de l’université de Padoue, mais Mocenigo attend de Bruno qu’il lui enseigne la mnémotechnique et l’art d’inventer. Le patricien considère vite qu’il n’en a pas pour son argent, alors que Bruno considère que sa présence est déjà un honneur pour son hôte Déçu, Bruno veut repartir et froisse Mocenigo, qui commence par le retenir prisonnier puis, ne parvenant pas à se le soumettre, finit par le dénoncer à l’inquisition vénitienne, le 23 mai 1592.
Au fur et à mesure du procès, qui durera huit années, l’acte d’accusation va évoluer Le premier acte d’accusation se concentre sur ses positions théologiques hérétiques : sa pensée antidogmatique, le rejet de la transsubstantiation que le concile de Trente vient de confirmer et de la Trinité, son blasphème contre le Christ, sa négation de la virginité de Marie. Mais ses activités sont déjà relevées : sa pratique de l’art divinatoire, sa croyance en la métempsycose, sa vision cosmologique. Au long du procès, l’acte d’accusation ne cessera de croître. Blanchi par les tribunaux vénitiens, Bruno est presque libéré. Mais la Curie romaine semble vouloir lui faire payer son apostasie. Sur intervention personnelle du pape auprès du doge, une procédure tout à fait exceptionnelle, Rome obtient l’extradition et Bruno se retrouve dans les redoutables geôles vaticanes du Saint-Office.
En 1593, dix nouveaux chefs d’accusation sont ajoutés. Bruno subit sept années de procès, ponctuées par une vingtaine d’interrogatoires menés par le cardinal Robert Bellarmin, qui instruira aussi le procès du système de Copernic en 1616. Il lui arrive de concéder un geste de rétractation, mais se reprend toujours : « Je ne recule point devant le trépas et mon cœur ne se soumettra à nul mortel ». Le pape Clément VIII somme une dernière fois Bruno de se soumettre, mais Bruno répond : « Je ne crains rien et je ne rétracte rien, il n’y a rien à rétracter et je ne sais pas ce que j’aurais à rétracter ».
Le 20 janvier 1600, Clément VIII ordonne au tribunal de l’Inquisition de prononcer son jugement qui le déclare hérétique et qui, devant son extrême et résolue défense, le condamne à être brûlé. À la lecture de sa condamnation au bûcher, Bruno commente : « Vous éprouvez sans doute plus de crainte à rendre cette sentence que moi à l’accepter ». Le 17 février 1600, il est mis nu, la langue entravée par un mors de bois l’empêchant de parler, sur le Campo Dei Fiori et supplicié sur le bûcher.


Kabbale
La Kabbale est une tradition mystique juive, présentée comme la Loi orale et secrète donnée par YHWH à Moïse sur le Mont Sinaï, en même temps que la Loi écrite et publique (la Torah).
Le Baal Hasoulam (Yéhouda Ashlag), éminent kabbaliste, en donne la définition suivante : « Cette sagesse n’est ni plus ni moins que l’ordre des racines, descendant à la manière d’une cause et de sa conséquence, selon des règles fixes et déterminées, s’unissant au nom d’un but unique et exalté, décrit par le nom “ révélation de Sa Divinité à Ses Créatures en ce monde ” ». Le kabbaliste Georges Lahy définit la kabbale comme « la dimension interne de la Torah, correspondant au sod (la connaissance secrète) des quatre niveaux de l’intérieur de la Torah (connus sous le nom de pardès) ».
Selon ses adhérents, la compréhension intime et la maîtrise de la Kabbale rapprochent spirituellement l’homme de Dieu, ce qui confère à l’homme un plus grand discernement sur l’œuvre de la Création par Dieu. Outre des prophéties messianniques, la Kabbale peut ainsi se définir comme un ensemble de spéculations métaphysiques sur Dieu, l’homme et l’univers, prenant racine dans les traditions ésotériques du judaïsme. Cependant, cette définition académique ne rend pas bien compte de l’universalité de la Kabbale et de la richesse des thèmes qu’elle aborde.
Dans Morals And Dogma, Albert Pike déclare que la Franc-Maçonnerie est un produit de la kabbale. Le thème du kabbalisme a été en outre repris par nombre de nouveaux mouvements religieux, dont le Centre de la Kabbale qui connaît actuellement une certaine notoriété auprès des personnalités du show-business mais qui est dénoncé comme imposture par les initiés traditionnels


YHWH
YHWH est le nom de Dieu dans la Bible hébraïque. Le Tétragramme, YHWH, est, de l’avis général des grammairiens juifs du Moyen-Age, conforté par celui de Spinoza, une flexion artificielle du verbe havah (« être », « devenir »). Cette construction en combinerait le présent (Je suis), les temps de l’accompli (approximativement « Je suis devenu » et « Je serai devenu ») ainsi que les temps de l’ « inaccompli » (approximativement « Je deviendrai », « Je deviendrais » et « Je serais devenu »). Cette thèse a été reprise par la grande majorité des philologues modernes.

Rose-Croix
La Rose-Croix est un ordre hermétiste chrétien légendaire, dont les premières mentions remontent au début du XVIIe siècle en Allemagne. Son fondateur serait Christian Rosenkreutz. À partir du XVIIIe siècle et jusqu’à aujourd’hui, de nombreux mouvements se sont réclamés de l’ordre de la Rose-Croix, ou se sont référé à la « tradition rosicrucienne » ou à l’« héritage de Christian Rose-Croix ». Leurs membres sont appelés les rosicruciens. Le terme « rose-croix » désigne, dans leur langage, un état de perfection spirituelle et morale.


Christian Rosenkreutz
Christian Rosenkreutz ou Christian Rose-Croix « le Chrétien à la Rose et à la Croix » est un personnage symbolique dont l'existence est controversée. Christian Rose-Croix est désigné comme étant le fondateur mythique de la Rose-Croix. De nationalité allemande, il serait né en 1378 et mort en 1484. Le premier à en faire mention fut Johann Valentin Andreae dans les Noces chymiques de Christian Rosenkreutz en 1616. Ce texte constitue le troisième manifeste rosicrucien, ne contient pas d'éléments biographiques, mais est principalement centré sur l'alchimie et la connaissance de l'homme intérieur.
Selon certaines études universitaires, Rosenkreutz serait un personnage mythique inventé par Johann Valentin Andreae, l'un des auteurs probables des manifestes Rosicruciens. Le récit de la vie de Christian Rosenkreutz parait s'inspirer des vies et œuvres des mystiques chrétiens comme Christian von Roesgen-Germelshausen et Thomas a Kempis…
Pour l'AMORC (L'Antiquus Mysticusque Ordo Rosae Crucis nom latin qui donne en français : « Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix »), le personnage de Christian Rose-Croix, ou Christian Rosenkreutz, est une allégorie. En effet, l'Ordre aurait été créé, non par un initié portant ce nom symbolique, mais par une société initiatique de Mystères organisée par le pharaon Thoutmôsis III. Ce pharaon aurait regroupé les écoles de mystères existantes au sein d'une même entité, il y a 3500 ans.
Selon le Glossaire théosophique de Helena Blavatsky, le nom fut d'abord donné aux disciples d'un savant Adepte nommé Christian Rosenkreutz, qui florissait en Allemagne vers 1640. Il fonda un Ordre composé d'étudiants mystiques dont l'histoire de son début peut être trouvée dans l'ouvrage allemand, Fama Fraternitatis (1614), qui fut publié en plusieurs langues.
Selon Rudolf Steiner, Christian Rose-Croix vécut au xiiie siècle. Une communauté de douze frères initiés qui regroupaient en leur sein, toutes les connaissances acquises depuis les ères anciennes et mythiques par lesquelles serait passée l'humanité jusqu'à nos jours se constitua autour de Rosenkreutz. Ces douze frères, conscients de la grandeur du christianisme, initièrent Rosenkreutz qui ainsi réunit en lui les douze courants de sagesse dont ils étaient les porteurs. L'initiation transforma complètement son âme. En elle vivait comme une renaissance de ces douze sagesses revivifiées par le Christ. Rosenkreuz mourut peu de temps après. Du point de vue occulte, dit Steiner, le fruit de l'initiation du treizième fut conservé dans l'atmosphère spirituelle de la Terre, comme élément subsistant du corps éthérique. Cette aura éthérique adombra et inspira les douze, ainsi que leurs disciples, qui donnèrent alors naissance au courant occulte de la Rose-Croix. Quant à ce corps éthérique il continua à agir, et il pénétra dans le corps éthérique du treizième lorsqu'il se réincarna vers le milieu du xive siècle. Christian Rose-Croix vécut alors plus de cent ans. Il était de nationalité allemande d'où son nom allemand « Rosenkreutz ». Il fut élevé dans le cercle des disciples et des successeurs des douze. A vingt-huit ans, il voyagea et quitta l'Europe. Il alla d'abord vers Damas, et fit une expérience illuminatrice analogue à celle de Paul de Tarse, du fait que les forces du corps éthérique de l'individualité du XIIIe avaient conservé toute leur vigueur. Il brillait et rayonnait à partir du monde spirituel sur l'individualité du xive siècle. C'est seulement à partir de cette incarnation qu'il fut nommé Christian Rose-Croix. Bien que d'un point de vue ésotérique, dans le sens occulte il est déjà Christian Rose-Croix au xiiie siècle. Ce sont ses disciples, les successeurs des douze du XIIIe siècle, qui sont les Rose-Croix.
Christian Rose-Croix parcourut alors tout le monde connu. Après avoir reçu la sagesse des douze fécondée par l'être du Christ, il lui fut aisé d'assimiler en l'espace de sept ans toute la science de son époque. Après sept ans, il rentra en Europe et prit pour élèves les plus avancés des disciples et successeurs des douze et il inaugura alors le véritable travail des Rose-Croix. C'est en 1604 que l'on situe l'émergence exotérique de la Rose-Croix, cela se passait 120 ans après la mort de Christian Rose-Croix (1378-1484). C'est à cette époque que commencèrent à circuler sous le manteau les manifestes rosicruciens et particulièrement la Fama Fraternitatis et La Confessio Fraternitatis, ceci avant la parution officielle de ces Manifestes. Dans la Fama Fraternitatis, il est spécifié que les Rose-Croix successeurs de Christian Rose-Croix découvrirent son tombeau en 1604. Sur le sommet de la porte était indiqué en grands caractères, « Je m'ouvrirai dans 120 ans ».
Selon Max Heindel, Christian Rose-Croix est un instructeur d'une haute spiritualité, étant apparu au xiiie siècle. Il aurait fondé l'ordre mystérieux des Rose-Croix, présenté comme une « École des Mystères », afin d'unir dans un système cohérent la beauté vivante du spirituel et de l'art à la force progressivement dominante des disciplines exactes. Il se serait constamment réincarné en Europe, à différents endroits d'Europe. Il existait au temps où Heindel écrivait son œuvre majeure, « la Cosmogonie des Rose-Croix ». Christian Rose-Croix serait l'inspirateur, en tant que force spirituelle, des œuvres de Francis Bacon, Jakob Böhme, etc., mais on perçoit son influence dans les œuvres de Wagner (l'opéra Parsifal) et de Goethe, entre autres. Sans le savoir bien des hommes cherchant d'une manière sincère derrière l'apparence des choses, puisent et force et courage, dans le personnage qui porta le nom symbolique de Christian Rose-Croix.
Max Heindel et Rudolf Steiner s'accordent pour voir dans l'énigmatique Comte de Saint-Germain, courtisan, aventurier et alchimiste (mort le 27 02 1784) une incarnation de Christian Rose-Croix.
Selon Jan van Rijckenborgh, le Lectorium Roscrucianum reprend presque entièrement à son compte les textes de Steiner et l'avis de Max Heindel sur le fondateur des « Rose-Croix ». Christian Rose-Croix serait un prototype de l'être accompli selon l'esprit, l'âme et le corps, un être régénéré. Il œuvrerait directement en tant que force spirituelle concentrée, en agissant au sein de ses temples qu'ils nomment « de Feu ». Le rôle des rosicruciens consisterait à dynamiser les forces du corps étherique de Christian Rose-Croix et à les transmuter en un corps d'initiation accessible à tous. Selon Jan van Rijckenborgh, le courant rosicrucien se serait associé étroitement avec les Cathares, sans influencer leur doctrine ou leurs rites de l'extérieur, ce qui permettrait de faire remonter l'histoire roscicrucienne au xiiie siècle. Par la suite, une certaine influence aurait perduré par les templiers et plus spécialement tout ce qui a été à l'origine de la quête du Saint Graal ainsi que des textes y faisant référence. En fait, Cathares, Graal, et Croix aux Roses sont considérés comme trois dimensions d'une même quête éternelle s'accomplissant à travers les siècles, et s'exprimant actuellement en « Christian Rose-Croix ». Christian Rose-Croix est une des grandes figures derrière laquelle se tient la Chaîne de la Fraternité universelle toute entière. Chacun peut entrer dans sa Maison, la véritable Demeure de l'Esprit Saint ; tel est le message dans toute sa force […] .
Selon Maurice Magre (1877–1941) dans son livre Magiciens et illuminés, Christian Rosenkreutz serait un nom symbolique inventé par Johann valentin Andreae. Il est en réalité le dernier descendant des Germelshausen, une famille noble dont l'origine remontait au nom de jeune fille de la mère d'Élisabeth de Hongrie, (laquelle avait d'étroites relations avec quelques cathares). Leur château se trouvait dans l'état de Thuringe au milieu d'une forêt. En 1383, un siècle et demi après l'assassinat d'Élisabeth de Hongrie par son confesseur : Conrad de Marbourg, toute la famille Germelshausen fut assassinée pour des motivations inconnues à l'exception du plus jeune fils qui à l'époque avait 5 ans. Le jeune Christian Germelshausen fut emporté secrètement par un moine franciscain en pays Cathare dans le Sud-Ouest de la France, d'où il reçut son éducation par quatre "Parfaits" rescapés de la croisade Albigeoise. De retour sur les terres Albigeoises après un long voyage initiatique en pays Celtique (Irlande et Ecosse), puis en Orient (Egypte, Iran et Inde ), Christian Germelshausen fonde en 1405 L'Ordre Initiatique du Seigneur Jésus-Christ. Ce récit relève de la tradition orale qui unit parfois Rose-Croix et Catharisme.



John Theophilus Desaguliers
Né à La Rochelle en 1683, mort à Londres en 1744. C’est un scientifique britannique principalement connu de nos jours comme un des fondateurs de la Franc-Maçonnerie dite moderne. Il est aussi un ardent défenseur et propagateur des idées de Isaac Newton tant scientifiques que philosophiques et politiques.
L’étude des classiques et de la récente science expérimentale d’Isaac Newton constituent la plus grande part de son éducation. Il apprend les bases du latin, du grec, de l’anglais et de l’histoire. De 1700 à 1705, plutôt que d’assister à des cours, il étudie sous la férule de M. Sanders qui lui sert de tuteur, qui l’instruit à partir des lettres de Cicéron, des commentaires de César et du travail de Virgile, Horace et Livy. Tandis qu’il continue ses études classiques John montre des prédispositions dans les mathématiques, l’astronomie et la mécanique.
Il complète ses études classiques et se perfectionne en théologie, géométrie et mécanique, reçoit son degré de bachelier en 1710 et devient diacre. La même année il occupe la chaire de philosophie expérimentale au Hart Hall College toujours à Oxford. Il obtient son master en 1712 et devient docteur en lois en 1718.
Après son mariage avec Joanna Purdey en 1712, Desaguliers se rend à Londres. Il y rencontre Isaac Newton et d’autre membres de la Royal Society. Il devient rapidement un des proches de Newton. Il est le premier à percevoir l’ampleur de la révolution newtonienne tant pour la physique que pour la représentation du monde. Il développe ces idées et les fait connaître du grand public dans son Cours de philosophie expérimentale. Il donne des lectures à la Royal Society dont il devient membre en 1714 puis plus tard secrétaire. Durant le reste de sa carrière il propage les idées scientifiques de Newton et leurs applications technologiques.
Cette philosophie naturaliste, parfois appelée newtonisme, inspire fortement les Constitutions qu’il rédige avec le pasteur Anderson et que la toute récente Grande Loge de Londres – dont il est élu Grand-Maître en 1719 – adopte pour règle en 1723, fondant ainsi la Franc-maçonnerie moderne.
Ses publications sont abondantes dans des domaines très variés : électricité, philosophie, fortifications, déplacement de l’eau et autres fluides, mécanique, mathématiques, automates, télescopes, optiques et même la ventilation. Il est très intéressé par la mise en pratique des nouvelles théories scientifiques de cette époque, par exemple en 1717 il se rend en Russie où il construit une machine à vapeur servant à actionner les fontaines du tsar.
Par ailleurs, ses recherches en mécanique (frottement, machine à vapeur) et sur l’électricité (conductivité) débouchent sur d’importantes découvertes et inventions. Son influence sur Benjamin Franklin est déterminante.



James Anderson
1678 – 1739, pasteur écossais presbytérien et Franc-Maçon. Il joua un rôle capital dans la naissance de la Franc-Maçonnerie moderne, dite « spéculative », en particulier par sa contribution à l’ouvrage connu aujourd’hui sous le nom de Constitutions d’Anderson.
James Anderson est né et a grandi à Aberdeen, en Écosse. Il fut ordonné dans la Church of Scotland en 1707 et partit alors vers Londres, où il officia dans la congrégation de Glass House Street jusqu’en 1710, puis dans l’église presbytérienne de Swallow Street jusqu’en 1734, et à la Chapelle de Lisle Street Chapel jusqu’à sa mort. Il semble qu’il ait perdu énormément d’argent dans le crash de la South Sea Company en 1720.
Son père était membre de la Loge Maçonnique d’Aberdeen, qui pratiquait le Rite du Mot de Maçon, d’origine calviniste. James Anderson fut lui aussi Franc-Maçon, Vénérable Maître d’une loge maçonnique et initia à ce même rite les gentilshommes qui en 1717, au titre de « maçons acceptés », allaient fédérer quatre loges de Londres sous le nom de Grande loge de Londres et de Westminster dont il devint Grand Surveillant.
Il fut mandaté par la Grande Loge en septembre 1721 pour écrire une histoire de la Franc-Maçonnerie qui fut publiée en 1723 sous le nom de The Constitutions of the Free-Masons. Le nom d’Anderson n’apparaît pas dans la page de garde, mais est mentionné en appendice.
Ces Constitutions furent éditées et réimprimées par Benjamin Franklin à Philadelphie en 1734.
Une seconde édition, notablement augmentée, fut publiée en 1738. Elle fut traduite en plusieurs langues dont le néerlandais (1736), l’allemand (1741) et le français (1745).
Parmi ses autres ouvrages publiés, on note : Royal Genealogies (1732), A Defence of Masonry (1738?), News from Elysium (1739), et A Genealogical History of the House of Yvery (1742).


La Franc-Maçonnerie en Suisse
Extrait du Livre du 150ème Anniversaire, Grande Loge Suisse Alpina
Genève

C’est un Anglais, John Hamilton qui introduit la Franc-Maçonnerie à Genève en 1736. La « Société des Maçons Libres du Parfait Consentement » est vite l’objet des enquêtes du Conseil et du Consistoire. Le Syndic Bonnet met fin à son activité et défend à Hamilton « de recevoir à l’avenir, dans cette société, aucune personne de cette ville, soit citoyens, bourgeois, natifs ou habitants, de même que les étrangers mineurs, à moins qu’ils n’aient le consentement de leur gouvernement ».
En 1744, coup d’éclat : sous la présidence d’un Anglais, Mylord Malpas, une cérémonie maçonnique a lieu le 17 juin aux Pâquis. On s’y rend sur les neuf heures du matin dans une barque décorée et ornée du pavillon d’Angleterre. Le Conseil irrité ordonne d’ouvrir une enquête qui, mené avec célérité, révèle l’existence de six Loges. Fort jaloux de son autorité, le Petit Conseil n’aime guère que les Genevois se réunissent dans leur particulier car, on craint de les voir se livrer à des intrigues contre le Gouvernement des « Magnifiques Seigneurs ».
Le Conseil sait exactement qu’il ne se passe, dans les Loges, rien de contraire aux lois et aux bonnes mœurs, mais on éprouve malgré tout de la méfiance à leur égard. Les autorités assez embarrassées, attendent plusieurs semaines avant de légiférer contre la Maçonnerie. Certains conseillers ne sont pas partisans de mesures d’interdiction, ils insistent sur le caractère anodin de l’ordre et font valoir que de nombreux souverains en sont membres. Le parti de la sévérité l’emporte et, le 8 septembre, un édit est publié interdisant entre autres à tous citoyens natifs et habitants de Genève de ne tenir aucune assemblée de Maçons et à tous propriétaires de louer ou de prêter pour tel usage leurs maisons, chambres ou autres parties de leurs maisons à qui que ce soit.
Malgré ses précisions tracassières, malgré les peines prévues, l’ordonnance reste lettre morte. En 1769, neuf Loges existent à Genève. Le 24 juin, elles signent un pacte d’union et constituent le premier lien « pour réunir ce qui était épars », la Grande Loge de Genève est née. Elle comptera jusqu’en 1778, 17 Loges. A partir du 22 mai 1786, la Grande Loge de Genève est remplacée par le Grand Orient de Genève. La Loge l’Amitié, sera l’une des premières, avec la Prudence à entrer dans l’Alpina en 1844.

Lausanne

Trois années après Genève, Lausanne voyait s’ouvrir la première Loge, et ce sont encore des Anglais qui la constituèrent. Elle s’appelait La Parfaite Union des Etrangers, mais elle a aussi accueilli des Vaudois en son sein. Comme le Petit Conseil de Genève, et pour les mêmes raisons, le gouvernement de Berne ne tenait nullement à voir se développer, surtout en pays sujet, des conventicules où pourraient se réunir des hommes sur lesquels il n’aurait aucun contrôle. Le Bailli de Lausanne, Rhyner, se livra à une enquête dès qu’il entendit parler des réunions maçonniques et fit un rapport aux autorités bernoises. Il relata ce que sa police lui avait fait connaître : les membres de la Loge de Lausanne sont des hommes honnêtes et de bonnes mœurs, prudents dans leurs réceptions, n’admettant que très peu de gens du pays. On s’accorde à les considérer comme une société d’hommes recommandables et dignes de la plus haute estime. « Il vaudrait mieux n’avoir pas de Francs-Maçons, dit le Bailli, mais comme c’est maintenant la mode dans toute l’Europe, il ne faut pas s’étonner d’en trouver dans cette ville où il y a tant d’oisifs qui ne savent pas comment occuper leurs loisirs. Cela passera ». Et cela ne passa pas.

Neuchâtel

C’est au Locle que se fonde en 1774 la première Loge Les vrais Frères Unis. Sans être très nombreux, les Maçons de Neuchâtel travaillent avec zèle. On peut notamment lire dans un des procès-verbaux de 1816 cette phrase suggestive : « Nous reconnaissons la Franc-Maçonnerie comme un institution vouée uniquement aux hauts et purs intérêts de l’Humanité qui, respectant l’Etat et l’Eglise, n’est jamais en contradiction avec eux, mais favorise au contraire les buts de l’un et de l’autre, en se proposant le perfectionnement de l’homme et de l’humanité [...] ». Ce texte est révélateur de l’état d’esprit qui règne dans les Loges à l’époque de la Restauration. Il ne vaut pas seulement pour Neuchâtel, mais encore pour Lausanne et Genève. L’activité maçonnique est toute tournée vers la bienfaisance, vers des buts moraux et spirituels. On ne sort pas, on ne veut pas – et avec raison – sortir de ce domaine.

Suisse Allemande

En Suisse Allemande et contrairement à Genève et Lausanne, les Francs-Maçons de Bâle et Zurich n’ont jamais été exposés aux tracasseries du pouvoir politique. De ce fait, elle s’est développée sans rencontrer d’obstacles et a pu attirer à elle des hommes remarquables par leurs qualités intellectuelles et morales. En un mot, elle a exercé un grand attrait sur l’élite et a pu recruter dans des classes sociales qui jouissaient d’un grand prestige, prestige qui a rejailli sur l’Ordre. Un fait important domine la vie des Maçons de Bâle et Zurich, c’est leur appartenance à la Stricte Observance, tout d’abord, puis au régime écossais rectifié.
Si les Ateliers de rite anglais ou français ne suivaient que les Anciens Devoirs et ne voyaient dans la Maçonnerie qu’un moyen de développer les vertus purement humaines, les qualités sociales de l’individu et chez lesquelles l’élément religieux était réduit – comme le précisent les Constitutions d’Anderson. à cette religion dépouillée de dogmes « sur laquelle s’entendent tous les hommes », la Maçonnerie rectifiée avait de plus hautes visées. Pour elle, l’initiation devait conduire à une vie religieuse plus intense, les symboles étaient les clefs des arcanes de l’Univers et la Loge comme « un portique ouvert sur des cieux inconnus ». Le régime rectifié fut une école de mysticisme et de piété […].
A côté des devoirs envers les hommes et la société, l’Ordre Rectifié fait une place importante aux devoirs religieux. Il rappelle à l’Initié qu’il a une patrie céleste à gagner ; un Dieu à aimer ; une âme à régénérer. Il a contribué à maintenir vivace dans biens des cœurs le spiritualisme chrétien, quand l’Eglise défaillait, quand les Encyclopédistes et leurs disciples prônaient tapageusement leur rationalisme ou leur matérialisme à courte vue. L’un de ses membres les plus distingués, J.-J. Hottinger, définissait ainsi dans l’un de ses discours ce qui constituait pour lui l’essentiel de ce régime : « Fondé sur le véritable christianisme, éloigné de toutes les vaines querelles de la théologie, il contient tout ce qui peut réveiller en nous notre sens du devoir humain et nous permettre d’accomplir notre tâche ».

Zurich

C’est en 1740 qu’apparaît à Zurich la première Loge La Concorde. Dix-sept ans plus tard, La Discrétion accueille un homme qui va exercer une profonde influence et jouer un rôle de grande importance dans la Maçonnerie suisse, Diethelm Lavater. Lavater pense trouver en Maçonnerie une solution aux problèmes mystiques, métaphysiques qui le préoccupent, entre autres, des éclaircissements sur la destinée et les fins de l’homme, sur le monde mystérieux des esprits et des anges. On constate chez lui une même curiosité que chez les Frères de Lyon groupés autour de J.-B. Willermoz, tant était forte, en ce siècle si frivole en apparence, l’aspiration vers les choses d’En-Haut.
Lavater définissait ainsi le but de la Franc-Maçonnerie : « L’ordre maçonnique donne bien moins d’explications importantes et mystérieuses sur un sujet scientifique quelconque qu’il n’enseigne à l’homme les moyens, tantôt cachés, de les obtenir, de reprendre sa dignité et ses forces primitives, de pouvoir redevenir, dans le sens le plus complet du mot, le temple de Dieu et le Maître des Créatures ».
Ses méditations le conduisirent à un christianisme épuré qu’il résumait dans ces paroles : « Aimons-nous les uns les autres, nous qui sommes faits, pour aimer Celui que nous n’avons pas vu et qui a été le premier à nous aimer ».
Sentant sa mort prochaine il fit à ses Frères ce sublime adieu qui est sans aucun doute l’un des textes maçonniques suisses parmi les plus touchants : « En vérité, mes Frères, je ne suis déjà plus parmi vous, le monde des symboles est bien loin derrière moi ; le royaume de la Perfection, de la Lumière et de l’Amour Infini m’enveloppe, mais mon esprit est encore auprès de vous et mon amour qui durera jusqu’à mon dernier souffle... L’amour est la source de l’Eternité. Elevez votre humanité jusqu’au point lumineux où ce qu’il y a de divin en elle peut s’embraser. Adieu, mes Frères, pour la dernière fois, adieu ! ».

Bâle

En 1771 la Loge La Concorde de Zurich annonçait à la Loge Zur Einigkeit à Francfort, qu’un Atelier Maçonnique devait se fonder à Bâle. Plusieurs Bâlois appartenant aux riches familles de la bourgeoisie faisaient partie de la Maçonnerie. C’est sous l’influence de Félix Sarasin, Vénérable de la Loge Freundschaft und Beständigkeit 1811 – 1882, que le rite rectifié subit quelques simplifications. Sarazin se montrait en effet assez tiède à l’égard des hauts grades. Il était arrivé à l’idée, comme beaucoup d’excellents esprits, que la seule véritable Maçonnerie était celle des trois grades de Saint Jean (dont les trois premiers degrés sont Apprenti, Compagnon et Maître) et que le reste n’était que leurre et superfétation. Très simplement et très justement, revenu de biens des illusions, il donnait comme but à la Maçonnerie la mise en évidence des hauts enseignements cachés dans les symboles ; la pratique de la bienfaisance ; de la religion ; l’amour de la Patrie ; le développement de l’amitié et de la sociabilité. Il la considérait comme un moyen de parvenir à une vie supérieure, un instrument d’une connaissance approfondie de soi-même, de perfectionnement et d’ennoblissement individuels.
Il fut un chaud partisan de l’unité maçonnique en Suisse dès 1818. Ce mouvement de rénovation continua sous l’impulsion de C.-G. Jung, Vénérable de la Loge Freundschaft und Beständigkeit 1835 – 1845 qui révisa et réforma les rituels et « leur donna un contenu s’adressant au cœur et revêtu d’un noble langage ».

La Grande Loge Nationale Suisse 1822 – 1844 et la fondation de la Grande Loge Suisse Alpina

Le Grand Orient national helvétique constitué à Lausanne avait fait de louables efforts pour fédérer les Loges de la Suisse Romande. Il y réussit en partie. En 1818, la Loge Zur Hoffnung fondée en Berne en 1803, et dont le choix du nom marquait son désir de voir réunies en une Obédience nationale et indépendante les Loges de Suisse qui s’ignoraient, s’affilie à la Grande Loge d’Angleterre. Dans un document probablement rédigé pour être adressé à cette dernière, elle explique qu’elle a pris la résolution de quitter le Grand Orient de France « de manière à s’assurer pour l’avenir d’une institution solide [...] et pour se procurer un acte d’institution d’après le rite primitif écossais de la part de la Loge d’Angleterre, reconnue en suprématie pour la pureté de son travail ». L’adhésion à la Grande Loge anglaise ne détournait pas pour autant la loge Zur Hoffnung de l’idée qu’elle avait toujours eu de créer en Suisse une Obédience nationale.
Sous les impulsions conjointes de plusieurs Frères dont entre autres, Félix Sarasin, les Frères de Berne et de Suisse Romande signèrent le 29 avril 1822, à Berne, un concordat qui désigna le Frère P.-L. de Tavel de Kruyningen comme Grand Maître de la nouvelle Obédience qui prit le nom de Grande Loge nationale Suisse. L’installation de la Grande Loge eut lieu à Berne, le 24 juin 1822. Le Prince Auguste-Frédéric, Duc de Sussex, Grand Maître de l’Obédience anglaise, témoigna de sa satisfaction dans une lettre qui fut communiquée aux Loges de l’Alliance suisse.
Mais l’union de toutes les loges suisses ne se réalisa effectivement qu’après de nombreuses années d’efforts, de choix et d’argumentations diverses. Ce n’est que les 22, 23 et 24 juin 1844 qu’un pacte d’alliance fut signé par les délégués des Loges qui élirent J.J. Hottinger comme Grand Maître de la Grande Loge Suisse Alpina.



Élus Coëns
La quête métaphysique a toujours existé et cela certainement depuis que l’homme existe. Tchouang Tseu résumait ainsi au IVème siècle avant Jésus-Christ cette quête en disant : « Il y avait quelque chose dans un état de fusion avant la formation du ciel et de la terre... Il peut être regardé comme la Mère de l’Univers. Je ne sais pas son nom. Pour lui donner un titre, je l’appelle Voie (Tao). En m’efforçant de lui faire un nom, je l’appelle Grand ».
Car c’est bien de cela dont il s’agit : une quête métaphysique qui attire au sein de la Maçonnerie tous les hommes représentant toutes les couches sociales, tout attribut social confondu, qui s’interrogent sur le sens de leur vie et de la vie. Plutôt que de laisser des politiciens, des philosophes ou des religieux leur dicter la « meilleure façon » de penser, ces hommes préfèrent étudier librement ce que l’on appelle la Tradition afin de trouver par eux-mêmes, hors de tout dogme et de toute influence extérieure, les réponses aux questions les plus importantes que chacun peut se poser au sujet de sa vie en particulier et de la vie en général.
Peu le savent s’ils ne sont déjà Maçons, mais la Franc-Maçonnerie est actuellement la seule école initiatique encore existante.
La seule, car d’autres ont existé à d’autres époques telles que, les Rose-Croix déjà cités, les Martinistes et d’autres associations se rattachant à la même Tradition tels que et entre autres, les Esséniens et les Cathares.
Pour le moment, car ces différentes écoles non actives aujourd’hui peuvent, en fonction de certaines impulsions, de certaines intuitions et de certaines circonstances être réactivées, « réveillées ».
Initiatique, car elle délivre une initiation grâce à un Rituel précis qui permet au récipiendaire – celui qui veut entrer en Maçonnerie – de recevoir la Lumière.
Mais recevoir la Lumière est, là aussi, à comprendre de manière symbolique. Cela serait trop beau de vivre son initiation et de croire qu’ensuite tout sera différent. C’est un symbole encore une fois, comme tous les symboles que la Maçonnerie met à la disposition de ses membres. Un symbole qui ouvre sans aucun doute l’esprit à une nouvelle conception du monde, mais un symbole malgré tout qui, comme tous ceux utilisés en Maçonnerie, oblige le chercheur à faire un véritable travail à l’intérieur de lui-même. C’est ce qui est exprimé dans la formule V.I.T.R.I.O.L. que chaque récipiendaire découvre dans le Cabinet de Réflexion lors de sa préparation à la Cérémonie d’Initiation. « Visite l’Intérieur de la Terre et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée ». Inutile d'en dire plus…
La Franc-Maçonnerie, c’est à la fois l’une de ses forces et l’une des raisons des critiques qui lui sont faites, ne délivre pas une formation ou un modèle à suivre, comme beaucoup pourraient le souhaiter. Cette façon de faire existe dans des associations dites profanes mais elle possède le gros défaut d’imposer une pensée unique dans le but d’obliger ses membres à penser exclusivement de la façon qui convient à l’association. Tout autre forme de pensées étant fortement déconseillée voire même interdite.
La Maçonnerie elle n’a qu’un but : donner à chacun les moyens de se libérer de l’emprise de son environnement mental et social habituel – sans imposer aucune solution pré-établie – afin de laisser le chercheur trouver par lui-même et en lui-même la vérité qui lui semble le mieux correspondre à l’ordre naturel des choses et du monde.
C’est pour cela que la Maçonnerie attire des travailleurs sincères qui ont décidé de consacrer une partie de leur temps à l’étude de textes, à l’utilisation d’outils, de symboles et à participer à des Rituels afin de découvrir par eux-mêmes – il est important de le souligner une nouvelle fois – la réponse aux questions qu’ils se posent et que normalement tout être conscient vivant sur cette Terre se pose un jour.
La Franc-Maçonnerie n’impose rien, ne suggère rien, si ce n’est de travailler sur soi. C’est par un travail initiatique que les progrès se feront. Chacun est libre de se perfectionner comme il le souhaite, aidé, encore une fois, par des textes issus de la Tradition et par une utilisation d’outils, de symboles et de rituels tous conçus, pour éveiller la conscience individuelle.
Ces symboles proviennent de différentes origines principalement de la tradition biblique, des cabalistes, des alchimistes, des ésotéristes ainsi que de différents courants initiatiques remontant à l’Antiquité avec Pythagore et l’influence de la civilisation égyptienne, gardienne elle-même d’une Tradition encore plus ancienne.
Il serait faux de croire que les symboles utilisés en Maçonnerie lui appartiennent. La plupart existaient déjà dans la Chine antique, chez les Grecs ou encore chez les Romains.
Certains souhaiteraient que la Maçonnerie adapte ou modifie quelques-uns de ses symboles et de ses rituels au mode de pensée de l’époque actuelle. Ce serait une erreur car les symboles et les rituels utilisés en Maçonnerie n’ont pas d’actualité, ils sont intemporels et impersonnels. C’est ce qui fait leur force, leur efficacité et leur universalité. C’est ce qui fait aussi que chacun, quel que soit son niveau, ses compétences et ses capacités intellectuelles, peut les utiliser avantageusement.
Il est difficile voir même impossible de décrire ici dans le détail l’utilisation des symboles et des outils utilisés en Franc-Maçonnerie. Chargés de sens, chacun les interprétera à sa mesure. Cette interprétation évolue constamment, s’affinant sans cesse en fonction du degré d'ouverture et d’évolution du Maçon qui les étudie.
C’est d’ailleurs pour cela que beaucoup pensent que la Maçonnerie est une société secrète. En fait, la Maçonnerie n’a aucun secret si ce n’est certains signes ou attouchements utilisés comme signe de reconnaissance par les Maçons lorsqu’ils se rencontrent pour la première fois. Il existe suffisamment de livres que l’on peut trouver dans des librairies spécialisées qui en disent plus que ce que la plupart des Maçons pourront lire et entendre dans leur vie de Maçons. S’il y a un secret, c’est un secret qui concerne le Maçon lui-même, la particularité de son évolution personnelle qu’il aura obtenue grâce à son travail, à son honnêteté et à son assiduité. Il faut également reconnaître que ce travail, que cette évolution, va petit à petit faire que le Maçon réfléchira, pensera, agira et se comportera d’une façon différente de celle adoptée par la majorité de la société. C’est certainement là le seul véritable secret. Tout a déjà été dit. Tout a déjà été révélé. La différence, le fameux secret, est tellement personnel qu’il est totalement impartageable même au sein du milieu maçonnique, même entre les Maçons eux-mêmes.
Une autre raison à l’idée de la présence d’un secret en Maçonnerie, est que depuis toujours, et aujourd’hui encore, ceux qui pensent, vivent et agissent différemment ont toujours été pourchassés et éliminés par les différents pouvoirs en place. Les plus récentes persécutions ont eu lieu durant la seconde guerre mondiale lorsque l’Allemagne nazie a décidé de déporter et de supprimer une quantité impressionnante de Frères parce que leur liberté de penser, opposée bien évidemment à toute idée de dictature, représentait un danger bien réel qui pouvait concourir à court ou moyen terme à contrecarrer les projets de domination du monde par ce pays.
Les pays communistes ont eux aussi toujours pourchassé les libres-penseurs. La Russie aujourd’hui débarrassée des diktats du Parti Soviétique a permis la réouverture de Loges Maçonniques reconnues par la Grande Loge d’Angleterre, garante de l’unité d’action mais jamais de l’unité de pensées.
Les alchimistes, dépositaires eux aussi du même savoir ancestral ont dû, pour se protéger, inventer un langage codé basé sur l’utilisation de termes simples tels que l’Or, l’Argent, le Souffre, le Mercure pour dissimuler leurs concepts philosophiques libérateurs qui en a conduit plus d’un directement au bûcher.
La liberté est souvent réclamée par la majorité, mais donner aux hommes le pouvoir de se libérer eux-mêmes a représenté, représente et représentera encore pendant longtemps une menace pour ceux qui ne rêvent que d’asservir les masses inconscientes en leur imposant une doctrine qui, la plupart du temps, ne sert en définitive que les intérêts de ceux qui cherchent à l’imposer.

L’Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l’Univers est un Rite initiatique plus souvent connu sous le nom d’Élus Coëns. Ce Rite apparut en France dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle et ferait selon certains partie de ce que l’on qualifie habituellement de « maçonnerie illuministe ».
L’Ordre des Élus Coëns recourt à une symbolique tout à fait particulière fondée sur la doctrine rendue publique par Martines de Pasqually, son dirigeant dans nos régions. Ainsi, les Élus Coëns sont des hommes conscients de la place originelle de l’homme et de sa destinée initiale. Ils sont également conscients de ce qu’il lui est advenu suite à la faute d’Adam ou péché originel, pour avoir imité la création divine. Ils ont donc pour rôle de rétablir l’homme dans ses vertus premières, c’est-à-dire le réconcilier avec son Créateur et par là, progressivement, réintégrer l’univers créé dans l’immensité divine. La vie de l’Ordre « originel » sera de courte durée, car en raison des « spécificités », il ne réussira jamais à s’intégrer parmi les autres Rites Maçonniques. A noter cependant que les émules de Martines formeront la Maçonnerie future, avec des noms comme Louis-Claude de Saint-Martin, dit le Philosophe Inconnu, Willermoz, d’Hauterive, Lusignan, le marquis de Chefdebien et bien d’autres noms illustres.
L’Ordre sera cependant « réveillé » par Sâr Aurifer (Robert Ambelain) dès 1942, sur la base de quelques rares documents provenant de l’Ordre « originel » qui furent retrouvés. Il se peut dès lors que les Rituels encore pratiqués aujourd’hui diffèrent légèrement de ceux utilisés originellement par l’Ordre de Martines de Pasqually. Le plus « célèbre » de ces documents étant le Manuscrit d’Alger, découvert tardivement et transcrit intégralement par Georges Courts, contenant une partie des instructions secrètes pour quelques degrés seulement, dont le Chevalier d’Orient.
Lorsqu’un profane, c’est-à-dire un « non-initié » demande son admission, on lui confère parfois les degrés de la Maçonnerie Symbolique, mais, de nos jours, ce sont surtout les degrés martinistes qui sont conférés, car jugés « plus efficaces » pour se préparer aux opérations théurgiques des degrés supérieurs. Il est aussi à noter que la plupart des personnes admises dans les Élus Cohens ont généralement déjà reçu l’initiation dans une Loge Maçonnique ou Martiniste. L’Ordre a donc deux objectifs :
– Réconcilier chacun de ses membres avec son Créateur,
– Réconcilier l’ensemble de l’univers créé avec son Créateur et c’est ce que l’on appelle la réintégration.
Les moyens auxquels recourent les membres de l’Ordre sont de nature cultuelle s’adressant à Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, par l’intermédiaire de ses Anges (à l’époque de Martines uniquement par des esprits, les anges servant de protection) en leurs différentes classes. Nos contemporains qualifient ce travail de « théurgique » dans le sens où les émules de Martines cherchent à influer sur les Anges de Dieu (esprits, faudrait-il dire), à qui ils réclament assistance dans le travail de réconciliation et de réintégration. Plusieurs voies initiatiques contemporaines sont issues de l’Ordre des Elus Coëns :
– Le rite écossais rectifié fondé par J.-B. Willermoz : la doctrine de Martines de Pasqually s’est maintenue implicitement dans les différents grades de la Maçonnerie Rectifiée et explicitement dans sa classe secrète, dite de la Profession ;
– Les lecteurs et amis de Louis-Claude de Saint-Martin, qu’ils soient affiliés ou non à l’un des Ordres dits « martinistes » et tous issus de L’Ordre Martiniste de Papus qui n’a pas de lien, autre que spirituel, avec le Philosophe Inconnu ;
– Les membres d’ordres qualifiés de néo-coëns, parfois en liaison avec la Maçonnerie Rectifiée et plus souvent en liaison avec les ordres martinistes, dans tous les cas non reliés à l’Ordre des Chevaliers Maçons des Élus Coëns du XVIIIe siècle si ce n’est spirituellement. Ces ordres néo-coëns se rattachent souvent, directement ou indirectement, à la résurgence coën initiée par Georges Lagrèze, Robert Ambelain et Robert Amadou dans les années 1940. Cette résurgence elle-même n’a pas de réelle filiation historique, mais se rattache néanmoins, dit-on, à une filiation spirituelle vérifiée.L’Ordre, de nos jours
L’Ordre des Chevaliers Francs-Maçons Elus Cohens survit difficilement de nos jours et se résume à quelques Loges ou Chapitres en France et en Belgique, non fédérés, opérant dans la plus grande discrétion et ne regroupant qu’une poignée de membres chacun. Jusqu’il y a peu, il y avait encore deux Chapitres « sédentaires » en France, fédérés et possédant un site internet, mais tombés récemment en sommeil.



Martines de Pasqually
D’origine incertaine, Martines de Pasqually, personnage dont l’évolution spirituelle reste encore mal connue faute de documents, apparaît tout à coup vers 1754. Il commence alors une carrière de thaumaturge, surtout de théurge et s’impose comme un théosophe considérable, un mage disposant de pouvoirs prodigieux. On ignore aujourd’hui encore sa date, son lieu de naissance et sa nationalité exactes. Ses activités avant 1760 sont, aussi, mal connues. Les historiens ne possèdent rien de réellement sûr. Sa piste est d’autant plus difficile à suivre qu’il a fait usage au cours de sa vie de plusieurs noms et signatures différents sur les documents officiels.
De 1754 à 1774, année de sa mort, Martines de Pasqually travaille sans arrêt à la construction de son Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l’Univers. En 1754, il fonde le Chapitre des Juges Écossais à Montpellier ; en 1761, il s’affilie à la loge La Française à Bordeaux et y fonde un Temple Coën. Cette loge devient en 1764, La Française Élue Écossaise, pour indiquer par ce nouveau nom qu’elle possède un Chapitre de grades supérieurs. Mais la direction de l’Obédience Maçonnique abolissant en 1766 toutes les constitutions relatives aux grades supérieurs, le Chapitre se trouve suspendu. C’est en cette même année 1766 que Martines vient à Paris et fonde un Temple Coëns avec entre autres, Jean-Baptiste Willermoz
En 1767, il établit son Tribunal Souverain qui devait régenter tout l’Ordre des Élus Coëns. La rencontre avec Louis-Claude de Saint-Martin en 1768 devait avoir une grande importance pour l’un comme pour l’autre. La personnalité et l’enseignement de Martines de Pasqually firent sur Saint-Martin une impression profonde et durable. Réciproquement, Martines fut lui-même influencé par Saint-Martin. Ce dernier quitte l’uniforme en 1771 et devient le secrétaire de Martines, remplaçant dans cette tâche l’abbé Pierre Fournié. De cette époque date la mise au point des Rituels ainsi que la rédaction du Traité sur la Réintégration des êtres, base doctrinale de la théosophie et de la théurgie martinésistes.
La doctrine de Martines, dont le caractère chrétien ne fait aucun doute, se présente comme la clef de toute cosmogonie eschatologique : Dieu, l’Unité primordiale, donna une volonté propre à des êtres « émanés » de lui, mais Lucifer, ayant voulu exercer lui-même la puissance créatrice, tomba victime de sa faute en entraînant certains esprits dans sa chute; il se trouva enfermé avec eux dans une matière destinée par Dieu à leur servir de prison.
Puis la Divinité envoya l’Homme, androgyne au corps glorieux et doué de pouvoirs immenses, pour garder ces rebelles et travailler à leur résipiscence; c’est même à cette fin qu’il fut créé. Adam prévariqua à son tour et entraîna la matière dans sa chute ; il s’y trouve maintenant enfermé ; devenu physiquement mortel, il n’a plus qu’à essayer de sauver la matière et lui-même. Il peut y parvenir, avec l’aide du Christ, par la perfection intérieure, mais aussi par les opérations théurgiques qu’enseigne Martines aux hommes de désir qu’il estime dignes de recevoir son initiation : fondées sur un rituel minutieux, ces opérations permettent au disciple d’entrer en rapport avec des entités angéliques qui se manifestent dans la chambre théurgique sous forme de passes rapides, généralement lumineuses ; ces dernières représentent des caractères ou hiéroglyphes, des signes des esprits invoqués par l’opérant, auquel les manifestations prouvent qu’il se trouve sur la bonne voie de la Réintégration.
Cette doctrine, destinée à une élite réunie sous le nom d’élus « coëns » (prêtres élus), connaîtra une fortune singulière, mais les opérations théurgiques resteront réservées aux seuls initiés. Martines n’utilise guère la Franc-Maçonnerie qu’afin de greffer sur elle son système. Jusqu’en 1761, on le trouve à Montpellier, à Paris, à Lyon, à Bordeaux, à Marseille, à Avignon.
Outre Willermoz et Saint-Martin, on connaît comme disciple de Martines l’abbé Pierre Fournié. C’est vers 1768 que ce dernier rencontre le maître qui va bouleverser de fond en comble sa destinée et auprès duquel il exercera plusieurs mois les fonctions de « secrétaire ». Initié élu coën, le clerc tonsuré Fournié réside surtout à Bordeaux, où il sert d’intermédiaire entre différents membres de l’Ordre.
En 1776, Saint-Martin le dépeint comme un élu coën exceptionnellement favorisé en matière de manifestations surnaturelles; Fournié en décrira lui-même quelques-unes dans son ouvrage Ce que nous avons été, ce que nous sommes et ce que nous deviendrons (1802), en redoutant d’en dire trop. Au moment de la Révolution, Fournié émigre en Angleterre, où il restera jusqu’à sa mort ; de là il correspond, de 1818 à 1821, avec le théosophe munichois Franz von Baader.



Joseph de Maistre
Le comte Joseph de Maistre, né à Chambéry en Savoie le 1er avril 1753 et mort à Turin (Piémont) le 26 février 1821, est un homme politique, écrivain et philosophe savoisien. Il est membre du Sénat savoisien, avant d’émigrer à Lausanne en 1793 quand les français occupent la Savoie ; il passe ensuite quelques années en Russie, avant de retourner à Turin. Joseph de Maistre reste l’un des pères de la philosophie contre-révolutionnaire française et anti lumière.
Lorsque survient la Révolution française, Joseph de Maistre, qui se trouve à Paris, semble partager l’émotion et l’enthousiasme qui en découlent. Ces réactions changent toutefois très vite, lorsqu’il prend conscience d’une certaine irréversibilité du processus révolutionnaire et de l’impossibilité de rétablir l’Ancien Régime tel qu’il était avant la Révolution. C’est alors que se renforcent ses idées antidémocratiques et anti gallicanes, sa réflexion étant encouragée par la lecture des Réflexions sur la Révolution de France d’Edmund Burke. Maistre s’affirme progressivement comme un ennemi de la Révolution.
Joseph de Maistre était membre de la Loge Maçonnique Saint-Jean des Trois Mortiers, à l’Orient de Chambéry, créée en 1749 sous les auspices de la Grande Loge d’Angleterre ; c’est une des premières Loges Maçonniques créées en Europe continentale (après Paris) ; il entendait concilier son appartenance à la Franc-maçonnerie avec une stricte croyance catholique : en outre, il refuse les thèses qui voyaient en la Franc-maçonnerie et l’illuminisme les acteurs d’un complot ayant amené à la Révolution. Dès 1774, avec quelques frères de Chambéry avec lesquelles il fonde quatre ans plus tard, en 1778, une nouvelle Loge La Sincérité, il s’adresse à Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) à Lyon pour être initié aux enseignements de la Maçonnerie Illuministe dans laquelle il puise de nombreux éléments que l’on retrouve ensuite dans son œuvre. Hautement investi dans la vie de cette société initiatique, la veille du Convent de Wilhelmsbad (1782) il fait parvenir à Jean-Baptiste Willermoz son célèbre Mémoire au duc de Brunswick. Il entretient par ailleurs une amitié avec Louis-Claude de Saint-Martin, pour lequel il avait une vive admiration, ce faisant fort, écrivait-il à sa sœur, « de défendre en tous points l’orthodoxie », d’où son attrait pour le martinisme.
Pour Joseph de Maistre, l’individu est une réalité seconde par rapport à la société et l’autorité. La société ne peut fondamentalement pas se définir comme la somme des individus qui la composent. En cela, il critique la conception de Jean-Jacques Rousseau : il est pour Joseph de Maistre impensable de constituer une société à partir d’un contrat social. Les individus ne peuvent pas fonder les sociétés, ils en sont incapables de par leur nature. Le pouvoir forme les individus, mais les individus ne forment pas le pouvoir.
Joseph de Maistre affirmait qu’il n’avait jamais vu d’Homme : il voulait dire par là que l’Homme, en tant qu’entité abstraite, n’existe pas. L’Homme appartient avant tout à la société. On peut donc voir des êtres qui ne peuvent se définir que par rapport au contexte particulier dans lequel ils vivent, par rapport à l’organisme politique dont ils sont une cellule. En d’autres termes, un individu isolé n’est rien, puisqu’il est abstraitement séparé de l’autorité et des traditions qui unissent la société. Ayant surtout une tendance destructrice (étant par essence des êtres corrompus et des facteurs négatifs aux yeux du théoricien), les hommes parviennent surtout à détruire la société. Encore qu’ils n’en soient même pas capables, puisqu’ils sont portés par une Providence qui se sert des individus pour la régénérer.
La Providence est un concept important chez Joseph de Maistre. Pour Joseph de Maistre, le corps politique étant constitué à l’image d’un organisme vivant, il peut quelquefois être malade : cette maladie se révèle par l’affaiblissement de l’autorité et de l’unité qui lient la société. Aussi, pour punir les hommes et régénérer efficacement la société, la Providence les entraîne dans des rébellions contre l’autorité, telles que la Révolution Française. Les Hommes, se croyant maîtres de leur destin, se lancent en réalité dans l’exécution de leur propre châtiment, devenant leurs propres bourreaux. La révolution une fois passée, telle un remède, l’organisme politique est débarrassé des éléments qui l’affaiblissent ; le pouvoir est plus fort, la société davantage unifiée. Le sacrifice des individus est un mal nécessaire pour la sauvegarde du corps social et Joseph de Maistre, dans ses formulations les plus imagées, n’hésite pas à évoquer le sang que réclame la terre pour rendre la justice et qu’elle obtient par la guerre que se font les Hommes. Le rapport entre l’individu et la Providence reste très paradoxal dans la pensée de Joseph de Maistre : les hommes sont à la fois capables de bouleverser la société dans laquelle ils vivent et dépossédés de leur rôle actif par la Providence, qui en fait fondamentalement des êtres passifs.
Si Joseph de Maistre s’en prend au régime républicain et au protestantisme, c’est qu’il les considère comme des productions individuelles. Le premier est un gouvernement divisé, puisqu’il met en les individus au pouvoir ; le protestantisme est quant-à-lui une religion négative (religion qui proteste et n’affirme rien de positif à ses yeux), qui dissout en refusant l’autorité, « l’insurrection de la volonté individuelle contre la raison générale ». L’individu est en effet un facteur qui divise, là où le pouvoir et l’autorité unifient.
Toute religion doit pour de Maistre être sociale or, le protestantisme n’étant pas social à ses yeux, voire « anti-souverain par nature », il n’est pas une religion. C’est pourquoi de Maistre considère que toute religion, du moment qu’elle sert à l’unité sociale, est susceptible de porter un gouvernement et d’être portée par ce dernier.
La religion doit apporter des croyances communes et apporter la cohésion de l’organisme politique. Elle doit protéger le pouvoir autant que le pouvoir doit la protéger. Il n’est donc pas question de séparer l’Eglise de l’Etat, bien au contraire. C’est pourquoi Joseph de Maistre prônera un régime de type théocratique, dans lequel la religion tient un rôle fortement structurant, devant apprendre aux sujets le respect aveugle pour l’autorité et « l’abnégation de tout raisonnement individuel ».
Pour Joseph de Maistre, le pouvoir temporel doit se conformer aux voies de la Providence. Un régime théocratique est alors pour lui le plus adapté, tandis que la reconnaissance de l’autorité religieuse le pousse à reconnaître la suprématie temporelle du pape.



Papus
Gérard Encausse, dit Papus (13 juillet 1865 à La Coruña - 25 octobre 1916 à Paris) est un occultiste français, cofondateur de l’Ordre Martiniste avec Augustin Chaboseau. Il passa toute sa jeunesse à Paris, où il fut reçu docteur en médecine. Avant même de terminer ses études, il s’était donné pour tâche de lutter contre le scientisme de l’époque en répandant une doctrine nourrie aux sources de l’ésotérisme occidental. Encausse, qui se fit appeler Papus d’après le nom d’un esprit du Nyctameron d’Apollonius de Tyane, fut un chef de file incontesté. Il se défendait d’être un thaumaturge ou un inspiré et se présentait comme un savant, un expérimentateur. Il doit ses idées à Saint-Yves d’Alveydre, à Wronski, à Eliphas Lévi et à Fabre d’Olivet. La pensée de Louis-Claude de Saint-Martin a laissé sur lui une trace profonde à partir de 1889 environ, peu après sa rupture (en 1888) avec la Société Théosophique de Mme Blavatsky. C’est en 1889 aussi qu’il s’affilie à l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix fondé par Péladan et Guaita cette année-là.
Il constitua un groupe organisant des cours et des conférences visant à faire découvrir aux chercheurs les valeurs de l’ésotérisme occidental. Il devint bientôt le cercle extérieur de l’Ordre Martiniste et, après s’être appelé Ecole supérieure Libre des Sciences Hermétiques, prit finalement le nom de Faculté des Sciences Hermétiques. Les cours étaient nombreux (une douzaine par mois environ) et les sujets étudiés allaient de la Kabbale à l’Alchimie, au Tarot, en passant par l’histoire de la philosophie hermétique.
Papus eut une production littéraire impressionnante, qui lui valut le surnom de « Balzac » de l’occultisme. D’aucuns lui reprochent cependant d’avoir manqué de rigueur dans ses travaux sur la Kabbale. Par ses talents de vulgarisateur, il contribua à ouvrir les esprits de son temps aux sources vives de la pensée analogique et de l’imagination créatrice, poursuivant en cela le travail qu’Eliphas Lévi avait entrepris avec notamment Les Disciples de la science occulte, Paris, 1888 ; Traité élémentaire d’occultisme, Paris, 1898 ; Traité méthodique des sciences occultes, Paris, 1891 ; L’Occultisme contemporain, Paris, 1887, etc.)
En automne de 1905, Nicolas II, aux prises avec les troubles sociaux, l’appela ainsi que Anthelme Nizier Philippe dit Maître Philippe de Lyon, à Tsarskoïe Selo pour lui demander conseil. Papus évoqua alors, au cours d’une opération magique, l’esprit d’Alexandre III, qui préconisa la répression et annonça une révolution de grande envergure. Papus affirma au tsar que cette révolution n’éclaterait pas tant que lui-même serait vivant.
Bénéficiant d’une grande autorité morale auprès du tsar, il avait prédit la naissance du successeur au trône, mais la venue de Raspoutine l’évinça. La visite de Papus à Nicolas II, séjour auréolé de mystère, n’est qu’un épisode parmi d’autres dans cette vie étrange mais féconde.



Illuminisme
Le courant philosophique et religieux de l’Illuminisme a pour enseignement fondamental l’idée d’une inspiration directement insufflée par Dieu, selon une vision spiritualiste de l’Homme et de l’Univers. Il trouve ses sources parmi les théosophes les plus divers : Plotin et les néoplatoniciens, les gnostiques, les kabbalistes juifs et chrétiens et certains penseurs de la Renaissance, tels Paracelse (1493-1541), médecin, naturaliste, théologien, Valentin Weigel, fondateur d’une secte mystique allemande, Maître Eckhart, Tauler et Nicolas de Cues ; mais enfin, les Illuministes se réclament surtout de Jakob Böhme (1575-1624), auteur du Mysterium Magnum, dont les thèmes seront exploités par les Illuministes qui presque tous se réclament de son parrainage, et aussi des révélations reçues par Swedenborg (1688-1772), naturaliste, philosophe et théosophe suédois qui proposa un système religieux fondé sur une interprétation allégorique des Écritures (chrétiennes), selon des instructions qu’il aurait reçues de Dieu.
L’originalité de l’Illuminisme réside dans la façon dont il considère la question de Dieu et celui de ses rapports avec l’Homme. Elle apparaît encore plus manifestement dans l’importance donnée à la dimension intérieure, au souci de se dégager de l’histoire, du temps et de l’espace. Ainsi, l’Illuminisme s’oppose fondamentalement aux méthodes d’autorité de la scolastique : chaque personne en effet est appelée à tenir le rôle que lui dicte sa vocation singulière. Chaque être possède sa propre lumière et ses propres ténèbres. Si la vérité est une, elle ne peut cependant être reçue que selon la capacité de chacun.
Les Illuministes s’intéressent volontiers aux sciences métapsychiques et à l’occultisme. Si les uns demeurent fidèles à l’enseignement des Églises officielles alors que d’autres s’en détachent de manière hétérodoxe, considérant les dogmes comme de simples revêtements de la vérité profonde impossible à exprimer, ils se rattachent le plus souvent à la Franc-Maçonnerie et à la Théosophie, et se situent dans la perspective eschatologique de la préparation du retour du Christ.
Affirmant la primauté de l’esprit sur la lettre comme sur la matière, manifestation corrompue de la « pure lumière invisible », l’Illuminisme souligne la nécessité d’une conversion intérieure, qui rétablira l’Homme dans sa dignité première, son origine divine. C’est seulement alors qu’il pourra assumer sa véritable vocation dans un monde dont, en vertu de l’équivalence du microcosme et du macrocosme, il est personnellement responsable; il le rendra à sa splendeur première, éclipsée par la chute de l’Homme dans la matière.
L’illuminisme, qui a longtemps cheminé en marge des Églises officielles, va connaître à la fin du XVIIIe siècle un véritable âge d’or. Il sera représenté notamment par Martinès de Pasqually et Louis-Claude de Saint-Martin.



Maître Philippe de Lyon

Anthelme, Nizier Philippe plus connu à l’époque sous le nom de Monsieur Philippe puis après, Maître Philippe de Lyon, (1849 – 1905) est un mystique français.
Considéré par quelques partisans comme l’égal du Christ, sa notoriété de guérisseur était telle qu’il fut notamment appelé à la Cour du Tsar Nicolas II de Russie pour soigner le Tsarévitch Alexis. Il s’y rendit en compagnie de Papus. Le Curé d’Ars aurait annoncé à sa mère enceinte, son avenir.
Pour Maître Philippe, la réincarnation permet de progresser moralement et spirituellement afin de transformer en soi le mal en bien. Pour lui, l’essence de la révélation chrétienne se confond avec la révélation du mystère du pouvoir salvateur de la souffrance : la souffrance étant présentée comme l’unique aiguillon permettant de progresser et de ne pas s’endormir sur ses acquis.
– La Vie et les Paroles du Maître Phillippe sur livres-mystiques.com
– Maître Phillippe sur esprit.bainslesbains.com
– Maître Philippe de Lyon, le chien du berger (film documentaire)

Jean-Baptiste Willermoz
Jean-Baptiste Willermoz est né le 10 juillet 1730 à Saint-Claude (Franche-Comté). Aîné de 12 enfants, il vécut principalement à Lyon. Grand bourgeois, fabricant d’étoffes de soie et d’argent rue des Quatre-Chapeaux, administrateur bénévole d’œuvres de bienfaisance, il joua un rôle important dans la Franc-Maçonnerie européenne de son temps, où il fut initié à l’âge de 20 ans et devint Vénérable à 22 ans. Mystique, passionné des mystères secrets de l’initiation, il contribua à la création de la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon et en devint le Grand Maître en 1762. Cette Grande Loge pratiquait les sept hauts grades de l’époque et y ajoutait un huitième dénommé « Grand Maître Écossais, Chevalier de l’Épée et de Rose-Croix ».
Willermoz fonda dans ce cadre en 1763 en compagnie de son frère Pierre-Jacques un Atelier nommé Souverain Chapitre des Chevaliers de l’Aigle Noir Rose-Croix qui s’intéressait à la recherche alchimique. Il fut admis aux premiers grades de l’ordre des Élus Coëns à Versailles en 1767 sur la recommandation de Bacon de la Chevalerie et du marquis de Lusignan. Après la mort de Martines de Pasqually en septembre 1774, il engage avec Louis-Claude de Saint-Martin un examen complet de la doctrine des élus coëns, sous la forme de Leçons, dites Leçons de Lyon qui se dérouleront du 7 janvier 1774 au 23 octobre 1776. Il précisera dans une lettre de 1780 au Prince de Hesse qu’il fut reçu au grade de Réau-Croix dans l’Ordre de Martinès de Pasqually.
Dans les années 1770, il entre en contact avec le baron de Hund et l’ordre allemand de la Stricte Observance Templière (S.O.T.) dont il devient membre sous le nom de Baptista ab Eremo et chancelier du chapitre de Lyon. C’est sous son impulsion que se réunira le Convent des Gaules à Lyon en 1778 qui reconnaîtra les grades de Profès et Grands Profès et constituera l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte (C.B.C.S.). En 1782, Willermoz écrit qu’il distingue trois sortes de maçons alchimistes : – Ceux qui pensent que le but de la Maçonnerie est la fabrication de la Pierre Philosophale. – Ceux qui recherchent la Panacée. – Ceux qui recherchent la Science du Grand Œuvre, par lequel l’homme retrouverait la sagesse et les pratiques du christianisme primitif.
Suite à des dissensions au sein de la S.O.T., Willermoz organise en juillet 1782 le convent de Wilhelmsbad auquel assisteront 33 délégués européens. Il y défendra, alors qu’auparavant Joseph de Maistre lui avait fait parvenir son célèbre Mémoire au duc de Brunswick, le courant du Martinésisme mais ne sera pas suivi dans cette démarche par les autres délégués. Très réservé au sujet du Comte de Cagliostro, dont il jugea, suite à plusieurs entretiens, le christianisme peu « orthodoxe » à ses yeux, il invita les membres de la Bienfaisance à ne point accorder leur confiance au fondateur en 1785 à Paris, de la première loge mère du Rite égyptien, dont le nom était la Sagesse Triomphante. Inquiété puis recherché pendant la Révolution, il se cacha dans l’Ain, dans une maison appartenant à son frère Pierre-Jacques, emportant avec lui ses importantes archives Maçonniques. Nommé conseiller général du département du Rhône par le Premier Consul le 1er juin 1800, il le restera pendant 15 ans. Il meurt à 94 ans, le 29 mai 1824.



Robert Ambelain
Robert Ambelain (Paris, 2 septembre 1907 – 27 mai 1997) est un auteur français, spécialisé dans l’ésotérisme. Homme de lettres, historien et membre sociétaire des Gens de Lettres et de l’Association des écrivains de langue française « mer outre-mer », il est l’auteur de 42 ouvrages (dont certains sous le pseudonyme d’Aurifer). En 1946, il a été consacré évêque dans l’Église gnostique universelle sous le nom de Tau Robert. Fondateur de l’Église gnostique apostolique, il a été patriarche de l’Église gnostique universelle en 1960 sous le nom de Tau Jean III. Franc-Maçon, il fut Grand Maître mondial de la Grande loge de Memphis-Misraïm et fondateur d’une association d’occultisme et martiniste. Il décède en 1997 à l’âge de 90 ans.

Publications :

– Éléments d’astrologie judiciaire. Les étoiles fixes, les comètes, les éclipses, Paris, J. Betmalle, 1936.
– Traité d’astrologie ésotérique, vol. 1, Paris, Éditions Adyar, 1937.
– Traité d’astrologie ésotérique, vol. 2, L’onomancie, préface de J.-R. Bost, Paris, Éditions Adyar, 1937.
– Avec J. Desmoulins, Éléments d’astrologie scientifique. Lilith, le second satellite de la terre (Éphémérides de 1870 à 1937), Paris, Courtrai, Niclaus, 1938.
– Dans l’ombre des cathédrales. Étude sur l’ésotérisme architectural et décoratif de Notre-Dame de Paris dans ses rapports avec le symbolisme hermétique, les doctrines secrètes, l’astrologie, la magie et l’alchimie. Paris, Éditions Adyar, 1939.
– Adam, dieu rouge. L’ésotérisme judéochrétien. La gnose et les Ophites. Lucifériens et Rose+Croix, Paris, Niclaus, 1941.
– Traité d’astrologie ésotérique, vol 3, L’Astrologie lunaire, Paris, Niclaus, 1942.
– Au pied des menhirs. Introduction à l’étude des doctrines celtiques, Paris, Niclaus, 1945.
– Préface et Avant-propos à André Barbault, Astrologie météorologique, suivie de Contribution à l’astrologie agricole, Paris, Niclaus, 1945.
– La Franc-Maçonnerie occultiste et mystique (1643-1943). Le Martinisme, histoire et doctrine, Paris, Niclaus, 1946.
– Les Survivances initiatiques. Le martinisme contemporain et ses véritables origines, t. I , Paris, Destins, 1948.
– La Talismanie pratique, Paris, Niclaus, « L’occultisme simplifié », 1949.
– Les Tarots: comment apprendre à les manier, Paris, Niclaus, « L’occultisme simplifié », 1950.
– La Kabbale pratique. Introduction à l’étude de la Kabbale, mystique et pratique, et à la mise en action de ses traditions et de ses symboles, en vue de la théurgie, Paris, Niclaus, 1951.
– Les Visions et les rêves: leur symbolisme prémonitoire, Paris, Niclaus, « L’occultisme simplifié », 1953.
– Les Survivances initiatiques. Templiers et Rose-Croix. Documents pour servir à l’histoire de l’illuminisme, Paris, Éditions Adyar, 1955.
– Le Dragon d’or. Rites et aspects occultes de la recherche des trésors, Paris, Niclaus, 1958.
– Abraham ben Siméon de Worms, La Magie sacrée d’Abramelin le mage, transcrite, présentée, annotée et commentée par R. Ambelain, Paris, Niclaus, 1959. Édité par le Suprême conseil de l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix
– Martinez de Pascuallis et le Martinisme, Meaux, 1959. Extrait de la revue L’Initiation, « Cahiers de documentation ésotérique traditionnelle », 33e année, n° 2, juillet-décembre 1959.
– La Notion gnostique du démiurge dans les Écritures et les traditions judéo-chrétiennes, Paris, Éditions Adyar, 1959.
– L’Alchimie spirituelle, la voie intérieure, Paris, la Diffusion scientifique, 1961.
– L’Abbé Julio (Mgr Julien-Ernest Houssay, 1844-1912), sa vie, son oeuvre, sa doctrine, Paris, la Diffusion scientifique, 1962.
– Le Cristal magique ou la Magie de Jehan Trithème, abbé de Spanheim et de Wurtzbourg (1462-1516), Paris, Niclaus, 1962.
– Scala philosophorum ou la Symbolique des outils dans l’art royal, Paris, 1965.
– Traité des interrogations célestes, t. 1, Paris, N. Bussière, 1964.
– Sacramentaire du Rose-croix, sacralisations, exorcismes, formules de défense et d’action, Paris, la Diffusion scientifique, 1964.
– Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm. Cérémonies et rituels de la maçonnerie symbolique, présentés et commentés par Robert Ambelain, Paris, N. Bussière, 1967.
– Jésus ou le Mortel secret des Templiers, Paris, Robert Laffont, « Les Énigmes de l’univers », 1970.


Karl von Eckartshausen
Karl von Eckartshausen, écrivain allemand, né au château d'Haimbhausen en Bavière, 1752, mort à Munich en 1803.
Il était fils naturel du comte Carl von Haimbhausen, par la protection duquel il fut nommé conseiller aulique, puis censeur de la librairie, 1780, et enfin conservateur des archives de Bavière, 1784.
II a publié un grand nombre d'écrits : les plus connus sont un Traité de la Création et un petit livre de théologie mystique intitulé : Dieu est l'amour le plus pur, 1790. Cet ouvrage, qui sous une forme chrétienne cache un pur déisme, eut un grand succès au xixe siècle en Allemagne; il a été traduit dans presque toutes les langues, notamment en français par Gosvin-Joseph-Augustin de Stassart.

Déisme
Le déisme, du latin deus (dieu) est une croyance ou une doctrine qui affirme l'existence d'un Dieu et son influence dans l'univers, tant dans la création que dans le fonctionnement de ce dernier. Pour la pensée déiste, certaines caractéristiques de Dieu peuvent être comprises par les facultés intellectuelles de l'homme. La relation de l'homme avec Dieu est directe (notamment par la prière spontanée ou la réflexion). Le Déisme prône une "religion naturelle" qui se vit par l'expérience individuelle et qui ne repose pas sur une tradition particulière.
Le Déisme affirme que :
– Tout ce qui n’est pas l’œuvre de l’homme est produit par une source originelle universelle et intelligente (nommée Dieu).
– Il n'est pas concevable que rien soit à l'origine de tout.
– Dieu n’est pas d’essence matérielle (Dieu est esprit).
– Dieu a une action permanente dans l'univers.
– Dieu se manifeste par ses œuvres (la nature, la vie, le cosmos, la conscience humaine…)
– Le sentiment de l’action de Dieu vient de l’étude de la création (en contemplant le tableau on peut comprendre le peintre)
– Ecouter sa conscience est l’unique moyen pour l’homme de s’unir à Dieu (Les lois de Dieu sont inscrites dans la conscience de chaque homme et non dans des livres sacrés).
– Le respect des règles morales dictées par la conscience est essentiel pour le salut de l’homme.
– La prière à Dieu est libre et spontanée.
– La relation de l’homme à Dieu est directe (par la pensée) et sans intermédiaires.
Voltaire et Jean-Jacques Rousseau sont des représentants du déisme.


Jakob Böhme
Jakob Böhme est est né en 1575 à Alt-Seidenberg, un petit bourg près de Görlitz. Ses parents étaient de simples paysans ; il reçut quelques leçons à l’école du village, puis fut mis en apprentissage chez un cordonnier; on dit qu’il exerça cette profession jusqu’à la fin de sa vie, cependant il vendit son établi en 1613 et se consacra tout entier à son œuvre. Il dira : « Je n’ai lu que dans un seul livre, dans mon propre livre, dans moi-même ». En 1599, il épousa la fille d’un boucher et s’établit maître cordonnier à la porte de Neisse, derrière les remparts. De bonne heure il avait eu des expériences mystiques illuminatrices. La première illumination qu’il mentionne date de 1600, mais il ne la considérait que comme un premier germe, car son illumination décisive n’eut lieu qu’une dizaine d’années plus tard. Il était religieux, mais sans être vraiment catholique, car il avait le papisme en horreur, ni protestant, car il se refusait à croire à la prédestination. Il fut persécuté par les autorités religieuses. Toutefois, il parvint à leur tenir tête. Il est mort à Görlitz en 1624.
La théosophie de Jakob Böhme manifeste des connaissances astrologiques profondes et l’influence certaine de l’alchimie. Toutefois, c’est d’abord et avant toute chose une théosophie chrétienne dans laquelle est exposé le mythe fondamental de la gnose chrétienne moderne. Ce mythe fondateur forme la base de tous les grands traités rosicruciens et de l’école martiniste. Les grands thèmes de cette gnose sont :
– La doctrine de L’Ungrund
La théosophie de Böhme est une métaphysique dans le sens où elle tente de penser le passage du non-être à l’être. Selon Böhme, l’Ungrund (le sans-fond) est un néant inconscient et ténébreux, mais le propre du néant est de manquer de tout. Une racine de désir germe donc au fond du néant, racine qui aspire à être. Il y a donc une racine de désir qui s’allume comme une étincelle et fait jaillir l’être du non-être, et la lumière des ténèbres.
– Le mythe gnostique
– Les Trois Principes et les sept Esprits
– La Sophia et l’Androgyne célestes
La Sophia représenta pour Böhme l’homme dans sa pureté, sa virginité et sa chasteté antérieure au pêché originel. Elle n’est pas séparable de sa conception de l’Androgyne, l’humanité pré-adamique intègre et intégrale des origines. Böhme affirme que la Sophia est incréée, elle est la sagesse divine en l’homme. Cette âme sophianique renvoit à la préexistence céleste de l’homme terrestre. La chute de l’homme est la perte de sa sophianité, de sa pureté, de sa virginité. À la perte de la Sophia céleste correspond la naissance de l’Eve terrestre, la féminité. La Vierge Marie représente particulièrement la Sophia et la sophianité de la Vierge renvoi à l’androgynie du Christ. Il y a donc une double polarité Vierge/Eve et Christ/Adam. Mais Böhme échappe à tout dualisme, car pour lui, « Christ vit en Adam et celui-ci dans le Christ ».

D’autre part, la sophianité rend fondamentale la naissance du Christ de la Vierge. Sur ce point, Böhme se distingue nettement de ses origines protestantes. La Mère de Dieu signifie rien moins que le retour sur terre de la Vierge-Sophia. La Vierge n’est pas vierge par Eve, mais par la descente de la Sophia qui s’incarne en Marie. Il y a donc une correspondance profonde entre la descente du Saint-Esprit et l’Incarnation du Christ et la descente de la Sophia en la Vierge Marie. En fait, la descente de la Vierge divine en Marie est l’action du Saint-Esprit. Il est donc primordial que Jésus naisse d’elle et de nulle autre. Ainsi, la naissance de Jésus d’une Vierge transfigure aussi la nature féminine en la libérant de la féminité négative. Chez Böhme, l’affranchissement de la sexualité terrestre implique le rétablissement de l’androgynie primitive. Cette doctrine de l’Androgyne céleste lui permet d’éviter les tentations ascétiques qui, dans le chritianisme, marquent fortement les conceptions négatives de la sexualité. À l’impureté sexuelle, Böhme n’oppose pas l’ascétisme qui tend vers l’asexué, mais l’androgynie intégrale et originelle. Chez lui, la mystique sophianique est solidaire d’une anthropologie spirituelle qui renvoit dos à dos puritains et libertins.
Chose étrange chez un homme si peu instruit, on trouve dans les écrits de Böhme de nombreuses analogies avec les théories philosophiques de l’Allemagne du XIXe siècle, et il peut être considéré comme un précurseur de Spinoza, de Schelling, de Hegel et son influence a été grande sur la pensée allemande et en particulier sur Franz von Baader et les romantiques. Hegel appelait Jakob Böhme « le premier philosophe allemand ». Il a eu aussi une grande influence en Angleterre notamment sur George Fox, le fondateur du quakerisme, Milton et Newton. Il a été révélé en France par Louis-Claude de Saint-Martin au XVIIIe siècle, un autre illuminé, qui traduisit cinq de ses ouvrages, notamment L’Aurore à son lever, la Triple Vie et ses Trois Principes. Il était devenu un disciple de Böhme en 1788. Nicolas Berdiaeff tenait Jakob Böhme pour l’un des plus grands gnostiques chrétiens. Böhme eût aussi un influence considérable sur Raoul Vaneigem.



Emanuel Swedenborg
Emanuel Swedenborg naquit le 29 janvier 1688 à Stockholm. Son père, Jesper Svedberg, était un pasteur luthérien d’origine modeste qui devint ensuite professeur de théologie à l’université d’Uppsala et évêque de Skara grâce à l’appui de Charles XI. Il transmit notamment à son fils son intérêt pour les thèses piétistes et sa croyance en la présence des anges et des esprits sur Terre.
À la fin de ses études, en 1710, il voyagea à travers l’Europe et s’installa à Londres pendant quatre ans. Il y étudia la physique, la mécanique et la philosophie. C’est à cette époque que son goût pour la vie scientifique se développa.
De retour en Suède en 1715, il se consacra aux sciences naturelles et à l’invention pendant une vingtaine d’années. Il fit les plans d’un avion, d’un sous-marin, il inventa un système décimal monétaire servant également pour l’étude de la cristallographie. Calcule une nouvelle méthode pour trouver les longitudes soit en mer ou sur terre d’après l’observation de la lune. Il introduit en Suède le calcul infinitésimal. Dans le tome I de ses Opera philosophica et mineralis (1734) il avance le premier l’hypothèse de la formation nébuleuse du système solaire en donnant la nature de la voie lactée qui devance celle de Buffon et de Laplace, élabore une théorie moderne de l’atome, une théorie vibratoire de la lumière, une théorie cinétique de la chaleur, s’occupe du magnétisme bien avant Faraday.
À partir des années 1730, il s’intéressa de plus en plus aux questions spirituelles. Il cherchait à découvrir une théorie expliquant les relations entre la matière et l’esprit et s’intéressa pour cela à l’anatomie. Il découvrit la fonction des glandes endocrines, le fonctionnement du cerveau et du cervelet. Il produisit également une étude avancée sur la circulation du sang et sur la relation du cœur et des poumons. À l’âge de 56 ans, il abandonna ses recherches scientifiques pour s’adonner entièrement à la recherche théologique, psychologique et philosophique dans le but de faire découvrir aux hommes une spiritualité rationnelle. Il mourut en 1772 après avoir écrit plus d’une centaine d’ouvrages sur tous les sujets énumérés. Quelques-uns ont été traduits en français.
Sa recherche insatiable du siège de l’âme le fait rencontrer des hommes célèbres comme Newton, Leibniz et d’autres membres de la Royal Society et des universités d’Oxford et de Cambridge. Il devient végétarien et voyage de par l’Europe financé par le roi Charles XII et le duc de Brunswick, afin d’étudier, écrire et imprimer les fruits de ses recherches. Si de son vivant, il influença de grands rois et de grands scientifiques et philosophes, tels que Newton, Kant, Voltaire, c’est après sa mort que naquirent, sur les bases de sa pensée, des mouvances religieuses Maçonniques et thérapeutiques.
De grands musiciens, écrivains et psychologues ont été inspirés dans leurs œuvres par ses écrits. Parmi eux on ne citera Goethe, Gérard de Nerval, Balzac, Wagner, Oberlin, Berlioz, Baudelaire, Paul Valéry, Eliphas Lévi, Hahnemann. Carl Jung puisa également l’inspiration de sa Psychologie des profondeurs dans les Arcanes Célestes qui influence toute la psychologie moderne.
Certains groupes spirituels se sont servis de lui sans s’y référer directement mais pour créer leur propre mouvement religieux, leur propre église et en utilisant sa théologie d’une manière personnelle. Parmi eux on pourra citer le scientisme et la théosophie Aujourd’hui de nombreuses églises se réclament de ses écrits théologiques comme étant la vérité Divine même et on les trouvera parsemées aux quatre coins du monde, en partant de l’Afrique et de l’Europe, en passant par l’Asie où les bouddhistes l’appellent le Bouddha du Nord pour aller aux États-Unis, en Amérique du Sud, au Canada, en Russie, etc. Des dizaines de milliers d’adeptes par le monde se réclament de lui et malgré une apparence hermétique, les écrits théologiques de Swedenborg sont simples dans leur message initial : « Aime ton prochain comme toi-même, purifie-toi du mal, travaille pour l’harmonie universelle ».

Ses principaux ouvrages :

Dans Le Ciel et l’Enfer il montre que le ciel et l’enfer sont d’abord des états d’âme pour ensuite devenir des lieux. Après la mort du corps physique l’individu passe un temps intermédiaire dans le monde des esprits d’où il choisira librement d’aller au ciel ou en enfer. Le ciel n’est pas une récompense et l’enfer n’est pas une punition.
Dans L’amour vraiment conjugal il fait une description de la nature céleste de la complémentarité entre mari et femme. Les époux forment ensemble un « Ange » et vivent éternellement unis l’un à l’autre après la mort dans une jeunesse perpétuelle.
Dans L’amour scortatoire il fait la description des désirs malsains qui sont contraires à la réalisation harmonieuse du couple et qui le tuent.
Le cheval blanc (Apocalypse, chapitre 19) Lecture de la Bible selon le sens interne en comprenant méthodiquement les symboles.
Dans La sagesse des anges il présente cinq aspects de la vision de l’existence : La nature de Dieu ; la nature du monde spirituel. La nature de l’homme ; la doctrine des degrés; la création de l’univers.
Dans La Divine providence il explique la nature de la relation entre Dieu et l’être humain. Description des lois spirituelles qui régissent l’univers : le Karma, cause des maladies et des guerres et de la souffrance en général, régénération de l’individu.
Les quatre doctrines Exégèse biblique sur les natures de : La vie, l’écriture Sainte, la foi, Jésus Christ.
La nouvelle Jérusalem et sa doctrine céleste résumé des doctrines et des éléments de la théologie de Swedenborg.
Arcanes célestes (16 volumes, dont les cinq premiers sont réédités). Exégèse de la genèse et de l’exode bibliques, avec références à tout l’ancien et le nouveau testament sur trois plans : historique, psychologique et sacré. Développement de la régénération de l’être humain en parallèle avec la glorification de Jésus Christ. États d’âme et tentations de l’individu de Jésus Christ qui en est l’archétype.
Traité des représentations et des correspondances index des symboles du corps spirituel dans le corps humain, montrant que chaque partie physique a sa contrepartie sur le plan subtil de l’âme, et qu’il existe une relation de cause à effet entre l’état du mental et celui du corps.
De la charité Nature du véritable amour envers autrui, envers la société et envers Dieu. Explication des dix commandements.
La vraie Religion Chrétienne (en 2 volumes) Dernier ouvrage de Swedenborg, qui porte sur la nature du christianisme spirituel. Comparaison des différents dogmes chrétiens avec ce qu’enseigne la Bible dans son sens symbolique. Signification du baptême, de la Sainte Cène, de la Trinité, du décalogue, de la vie éternelle, du salut, du retour du Christ, de la dégénérescence de l’humanité et de sa régénération, l’homme cosmique.



Madame Guyon
Jeanne-Marie Bouvier est née le 13 avril 1648 à Montargis dans une famille de riches bourgeois. Mariée à seize ans à Jacques Guyon âgé de trente-huit ans, elle aura cinq grossesses ; deux fils et une fille atteindront l’âge adulte. A dix-huit ans, elle s’éveille à la vie intérieure sous l’influence de la grâce divine suite à sa rencontre avec le « bon franciscain » Archange Enguerrand. Elle est alors conseillée par la supérieure des bénédictines de sa ville natale, la mère Geneviève Granger. Cette dernière la présente le 21 septembre 1671 à Jacques Bertot (1620-1681), qui fut un membre du cercle mystique normand de l’Ermitage dirigé par Jean de Bernières. « Monsieur Bertot », devenu confesseur à l’abbaye de Montmartre (Paris), la dirige ensuite sur le « sentier de l’amour divin ».
Devenue veuve fortunée à vingt-huit ans, Madame Guyon cherche à servir son église. A partir de 1681, elle voyage, après avoir demandé conseil à plusieurs religieux, dont le fils de Marie de l’Incarnation (du Canada), dom Martin. A Gex, petite ville située près de Genève, elle refuse d’être supérieure d’un couvent éduquant des converties du protestantisme. A Thonon, situé au bord sud du lac Léman, elle compose Les Torrents et découvre qu’une union spirituelle vécue sous la forme de prière silencieuse transmise de cœur à cœur est possible. A Turin puis à Verceil (Vercelli) auprès de l’évêque Ripa, elle connaît le milieu quiétiste italien. De retour à Grenoble, elle reçoit de nombreux laïcs, clercs et religieuses, à l’intention desquels elle compose son Moyen court et très facile pour l’oraison et ses Explications de la Bible.
C’est une femme d’expérience qui revient à Paris, âgée de trente-huit ans, en 1686, pour reprendre la direction du cercle spirituel qui s’était formé autour du confesseur Bertot. Accusée de quiétisme, elle est emprisonnée le 29 janvier 1688 (la condamnation de Miguel de Molinos date du 27 août 1687). Délivrée en septembre de la même année, sur intervention de Madame de Maintenon, qui lui sera un temps favorable, elle entreprend un apostolat auprès des Demoiselles de Saint-Cyr et s’attache de nombreux disciples, dont Fénelon, les ducs et duchesses de Chevreuse et de Beauvillier. Tous lui demeureront fidèles durant près de trente ans.
Laïque, dont l’influence sur les ducs et duchesses de Chevreuse et Beauvilliers et sur Fénelon fait jaser la Cour. Elle apparaît dangereuse à Madame de Maintenon car elle ose prétendre obéir avant tout à l’impulsion de la grâce. Ceci provoque l’incompréhension puis la colère de Bossuet qui s’exprime violemment lors du séjour volontaire de Madame Guyon à la Visitation de Meaux, à la fin de l’année 1695. De son côté Fénelon est écarté de la Cour et vivra bientôt exclusivement à Cambrai où il est nommé archevêque.
Tombée en défaveur, Madame Guyon tente de se réfugier dans l’isolement et le silence. Emprisonnée le 27 décembre 1695 sans raison précise (ce qui est rendu possible par l’arbitraire propre à la « lettre de cachet »), elle sera suspectée de mauvaises mœurs et d’avoir fondé une « petite église » secrète. Mais les pressions violentes du pouvoir judiciaire royal (38 interrogatoires par La Reynie puis par d’Argenson), du confesseur imposé et de l’archevêque de Paris (ces derniers affrontés en prison!) ne mèneront à rien.
Lavée de tout soupçon, elle sort de la Bastille à cinquante-cinq ans, le 24 mars 1703, sur un brancard. Il lui reste un peu plus de treize années à vivre. Elle les consacre à Blois à former des disciples catholiques et protestants, les ouvrant à la vie intérieure dans une discrétion totale. Elle meurt paisiblement le 9 juin 1717.


Quiétisme
Le quiétisme est une doctrine mystique consistant en un itinéraire spirituel de « cheminement vers Dieu ». Il vise à la perfection chrétienne, à un état de quiétude « passive » et confiante. Cet itinéraire passe par un désir continuel de « présence à Dieu », de quiétude et d’union avec Dieu aboutissant au terme du cheminement, à un dépassement mystique des étapes qui ont permis le cheminement lui-même (pratiques ascétiques et respect des contraintes de la vie liturgiques). Pour les quiétistes l'union à Dieu bien avant la mort est le but de la vie chrétienne.
Le quiétisme apparaît comme une réaction au jansénisme, par la recherche d'un Dieu plus accessible que celui des hôtes de Port-Royal, qui ne parviennent à la communion divine qu'après la mort et après une vie marquée par une ascèse rigoureuse et terrifiante qui ne leur garantit pas d'être sauvés.
Cette doctrine prend naissance en Italie vers la fin du xviie siècle, prêchée par un théologien espagnol, Miguel de Molinos (1628-1696). Elle est condamnée par le pape Innocent XI dans la bulle Coelestis Pastor (le pasteur des cieux) (1687). En revanche, le comte de Ponthieu, beau-frère du roi plaida en sa faveur auprès des Pairs de France pour sauver Fénelon de la disgrâce. Fénelon dans son ouvrage Les maximes des saints défendra le point de vue traditionnel de sa pensée en s'appuyant sur les Pères Grecs (saint Clément d'Alexandrie et saint Jean Cassien, notamment) et sur de nombreux mystiques chrétiens occidentaux.
Le développement de cette doctrine, violemment combattue par Bossuet, alimente une crise religieuse en France dans les dernières années du xviie siècle. La victoire de Bossuet sur Fénelon et Mme Guyon entraîna ce que Louis Cognet a appelé « le crépuscule des mystiques », la fin du mysticisme chrétien en France. L'un des écrivains adeptes de cette doctrine n'est autre qu'André Michel Ramsay dit le chevalier Ramsay.


Miguel de Molinos
Miguel de Molinos est né en 1628 dans la province de Teruel, près de Saragosse. Il part à Valence en 1646 où il étudie au Colegio de San Pablos de los jesuitas. Ses études le mènent – du moins le suppose-t-on – à passer un doctorat en théologie. Il est ordonné prêtre le 21 décembre 1652, à vingt-quatre ans. Il se singularise déjà par ses dons de prêcheur et participe aux exercices spirituels répandus alors au sein du clergé. En 1662, il entre à la Escuela de Cristo, une confrérie qui prônait l’ascèse. Les autorités ecclésiastiques de Valence le remarquent et l’envoient à Rome pour soutenir la cause de béatification d’un prêtre du diocèse.
Il se rend donc dans la capitale de la chrétienté en 1663. C’est là qu’il donne la pleine mesure de son talent, d’abord dans la filiale romaine de la Escuela de Cristo, puis dans son enseignement auprès de divers ecclésiastiques comme de simples fidèles sur la pratique de la prière du cœur, l’oraison qui mène à l’apaisement de l’âme.
Sa renommée dépasse alors les limites de la ville sainte. Une partie de la noblesse, du clergé et jusqu’à certains membres de la curie pontificale sont sensibles à son enseignement et à ses théories. Il devient le confesseur et le directeur de conscience de nombreux prêtres et religieux. Le futur pape Innocent XI fut, semble-t-il, parmi ses disciples.
Il publie divers écrits dont le plus célèbre, promis à un grand succès, fut la Guia Espiritual, Defensa de la Contemplacion (première édition 1675). Cet ouvrage sera publié à nouveau une dizaine de fois entre 1675 et 1685, en diverses langues. Ce livre se présente avant tout comme une méthode d’accès à la contemplation. Miguel de Molinos y explique comment, pour parvenir à l’union avec la divinité, l’âme doit rester totalement passive jusqu’à trouver le parfait repos en Dieu – quies en latin, qui donnera le substantif quiétisme dont ses adversaires affubleront ce courant mystique. Il s’agit avant tout de suivre une « voie intérieure » qui puisse s’affranchir progressivement des « pratiques extérieures. »
Cette attitude de confiance totale en Dieu s’oppose notamment aux pratiques ascétiques et rituelles, allant jusqu’à les considérer comme des obstacles aux desseins de Dieu sur le croyant. Pour Molinos, aucun effort humain ne peut permettre l’union complète avec Dieu. Cette plongée, cet abandon, cette fusion avec la divinité amène le fidèle à la passivité absolue, voire à l’absence de volonté de lutte contre la tentation…
Comme tous les courants mystiques des grandes religions monothéistes, cette interprétation de la foi pouvait se révéler dangereuse pour les tenants du dogme : en effet, ce genre de pratique spirituelle amenait inévitablement à rendre superflues, voire néfastes, la récitation des prières institutionnalisées, la réception des sacrements et par là même menaçait le rôle et le pouvoir du clergé.
Le Guide Spirituel commence alors à provoquer nombre de conflits au sein même des maisons religieuses. Les Jésuites sont les premiers adversaires des théories de Miguel de Molinos : mépris pour les œuvres, même sanctifiées par la grâce, inutilité de l’exemple donné par les saints, telles furent les principales attaques menées contre le prêtre espagnol.
Ces polémiques aboutissent logiquement, quoique après une longue période d’indulgence pour le docteur aragonais, à un procès inquisitorial. Miguel de Molinos est arrêté le 18 juillet 1685 et incarcéré à Rome. Son ouvrage principal est tout d’abord condamné par les tribunaux de l’inquisition espagnole puis sicilienne. Mais ses bonnes relations avec des membres influents de la curie romaine – dont le pape en personne – retardent son procès.
Le 28 août 1687, néanmoins, la Congrégation du Saint-Office finit par condamner plusieurs des propositions contenues dans son œuvre. Miguel de Molinos est obligé d’abjurer publiquement ses erreurs dans l’église du couvent dominicain de Santa Maria sopra Minerva le 13 septembre 1687.
L’accusé est déclaré « hérétique dogmatisant » par la bulle Coelestis Pastor du 20 novembre 1687. Curieusement, celle-ci se base dans sa condamnation beaucoup plus sur la correspondance, voire sur les conversations que Molinos entretenait avec ses fidèles que sur le Guide spirituel. Il est vrai que l’ouvrage avait reçu l’imprimatur douze ans plus tôt et avait été encensé par ceux-là même qui sanctionnent son auteur à présent…
Condamné à la prison perpétuelle, Molinos se retrouve en résidence surveillée au sein d’un couvent dans lequel il passe les onze dernières années de sa vie, revêtu d’un habit de pénitent. C’est là qu’il meurt le 21 décembre 1696.



Andrew Michael Ramsay
Andrew Michael ou André Michel Ramsay, dit le chevalier de Ramsay (1686-1743) fut un écrivain et philosophe français d'origine écossaise. Né en 1686 à Ayr en Écosse, il fut déchiré entre une mère anglicane et un père calviniste, dans une Angleterre déchirée par les querelles dynastiques et religieuses.
Recherchant un équilibre spirituel et une doctrine plus assurée de la vie, il voyagea dans ce but et trouvera auprès de Fénelon qui le baptisa et de Madame Guyon des père et mère spirituels, et se convertit au catholicisme en 1709.<br
À la mort de Fénelon en 1715, Ramsay rejoint Madame Guyon à Blois où la fondatrice du quiétisme français groupe un petit cénacle de disciples venus de toute l’Europe.
Il fit en 1729 un voyage en Angleterre, fut admis à la Royal Society et fut initié Franc-Maçon à la Horn Lodge en mars 1730. Il introduisit en France la Franc-Maçonnerie de rite écossais, et développa l'idée d'une fraternité universelle. Il rêvait de greffer sur le catholicisme une conception universelle de la religion, dont la Maçonnerie, une Maçonnerie chrétienne bien entendu, aurait été la clef de voûte.


Louis-Claude de Saint-Martin
Le nom de Louis-Claude de Saint-Martin est à rattacher dans l’Histoire des idées au courant Illuministe, réaction à l’esprit matérialiste des philosophes encyclopédistes du XVIIIe siècle. L’illuminisme propose une lecture des textes chrétiens à la lumière du néo-platonisme et des sciences occultes, mettant l’accent sur l’intériorité de la quête mystique et rejetant les formalités scolastiques. À peu près à la même époque que Saint-Martin, l’Allemand D’Eckartshausen écrit un certain nombre d’ouvrages, parmi lesquels La nuée sur le sanctuaire.
Louis-Claude de Saint-Martin naquit à Amboise (Indre-et-Loire) le 18 janvier 1743, dans une famille de petite noblesse. Après des études de droit, il devient avocat. Mais la profession ne lui plait guère, et grâce à l’appui d’un ami influent, il obtient en 1765 (à 22 ans) un brevet de sous-lieutenant au régiment de Foix alors stationné à Bordeaux. La carrière militaire devait à cette époque laisser beaucoup de loisirs, car Louis-Claude de Saint-Martin avait pour but en la choisissant de se ménager davantage de temps pour poursuivre ses études ésotériques.
Par l’entremise d’un de ses amis du cercle des officiers, le capitaine de Grainville, Saint-Martin est admis dès 1765 dans l’Ordre des Chevaliers Maçons Élus-Cohen de l’Univers, fondé quelques années plus tôt par le théosophe thaumaturge Martines de Pasqually, dont la doctrine se présente comme la clef de toute théosophie judéo-chrétienne, étant directement reliée aux enseignements secrets d’Égypte, de Grèce et d’Orient. L’enseignement et les rites cohens lui fournissent l’essentiel des thèmes philosophiques qu’il ne cessa de développer dans toutes ses œuvres. Il quitte l’armée en 1771 pour se consacrer à sa vocation et fut le secrétaire de Martines pendant plusieurs mois.
En 1773 et 1774, il demeure à Lyon chez Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824). Cet autre disciple de Martines créa en 1778 le Rite Ecossais Rectifié (RER), pratiqué de nos jours par de nombreux maçons et dans lequel il allait faire passer l’essentiel de la théosophie martinésiste. Au cours de ce séjour chez Willermoz, Saint-Martin rédigea son premier ouvrage Des erreurs et de la vérité, ou les Hommes rappelés aux principes de la science. Quand parut ce livre, en 1775, l’auteur se trouvait à Paris et devint déjà le Philosophe inconnu qu’il allait rester pour la postérité. Le Tableau naturel des rapports qui unissent Dieu, l’Homme et l’univers (1782) reprend et prolonge les enseignements de son premier livre. Dès cette époque, Saint-Martin se détache des voies actives de la magie pour s’orienter dans une direction de plus en plus « intérieure » : le Réparateur a, selon lui, montré la voie d’un contact direct avec le divin, par la prière. Son séjour à Strasbourg (1788-1791) peut être considéré comme un événement historique : il y rencontre en effet Mme de Böcklin qui lui révèle la philosophie de Jacob Boehme dont il traduira cinq ouvrages.
Après L’Homme de désir (1790), puis Le Nouvel Homme et Ecce homo, parus en 1792, il écrit principalement sous l’influence de Boehme, dont il concilie l’enseignement avec celui de son « premier maître » Martines. En même temps débute sa correspondance théosophique avec le Bernois Niklaus Anton Kirchberger (1739-1799). Puis il écrit Le Ministère de l’homme-esprit (1802) qui est sans doute le plus élaboré et celui qui concilie le mieux les enseignements de Boehme avec ceux de Martines. Il s’éteint le 13 octobre à Aulnay.
L’œuvre entière de Saint-Martin montre sa fidélité aux enseignements de Martines : il n’a jamais nié la valeur ni l’efficacité de la théurgie cohen, mais a estimé n’avoir plus besoin de celle-ci une fois qu’il crut en avoir tiré assez d’avantages spirituels. Si la philosophie saint-martinienne se rattache étroitement aux systèmes de Boehme et de Pasqually, elle ne doit pratiquement rien à Swedenborg ni à Mme Guyon. Pour Saint-Martin comme pour ses maîtres, Dieu, avant le temps, produisit par émanation des êtres spirituels. Une partie de ces anges tomba dans le péché d’insubordination. Alors Dieu créa un univers pour circonscrire le mal ainsi introduit et pour servir de prison aux anges déchus. En même temps, il émana l’Homme primordial, l’Adam Qadmon, androgyne au corps glorieux, vice-roi de l’univers, pour servir de geôlier à ces démons, les amener à résipiscence.
Mais l’Homme, induit en tentation par eux, fut précipité à son tour dans cet univers en dehors duquel il aurait dû demeurer. En pénétrant à l’intérieur, il en rompit l’harmonie, devint homme et femme séparément, mortel, sujet à la peine, aux maladies. Il est donc un ange déchu qui non seulement se souvient des cieux, mais doit retrouver sa grandeur passée et son pouvoir de commander à tous les esprits, bons ou mauvais. Les anges demeurés dans l’obéissance peuvent aider l’Homme si celui-ci se met en hamonie avec eux. La prière, même dépourvue de cérémonies, est la méthode la plus efficace. Saint-Martin déconseille les pratiques théurgiques. Pour Saint-Martin, il y a un ange attaché à la vie de chaque homme, qui a délibérément choisi l’exil pour aider à sa réintégration. Cet ange souffre lorsque nous nous éloignons de Dieu, car nous l’en éloignons en même temps : il ne perçoit la lumière divine qu’à travers notre cœur.
Saint-Martin décrit longuement les conséquences de la Chute, dont il tire l’essentiel de sa cosmologie et indique les voies par lesquelles l’Homme pourrait se régénérer lui-même en entraînant la nature dans une gigantesque Réintégration. Jamais il ne craint de trop exalter le rôle de l’Homme dans l’économie divine. Saint-Martin souligne les liens profonds de celui-là avec le Créateur, insiste sur ce qu’il y a de meilleur en lui : l’admiration, l’amour, la solidité des rapports humains, la valeur inestimable du grain de sénevé qui demeure enfoui dans le cœur de chacun mais qui peut nous porter jusqu’aux cieux, transfigurer la nature même, rendre à l’Homme sa splendeur passée. Car c’est toujours de l’Homme que part le Philosophe inconnu, pour qui il faut expliquer les choses par l’Homme, et non pas l’Homme par les choses. Toute étude sérieuse sur la « Philosophie de la Nature » à cette époque – au sens romantique du terme – devrait commencer par un examen attentif de son œuvre, particulièrement de L’Esprit des choses (1800).
Si Saint-Martin a tendance à se détacher du monde, il échappe toujours à la mystique pure, dans la mesure où il reste un insatiable observateur de la nature ; il intègre chaque notation concrète dans un système théosophique à la fois cosmogonique, cosmologique et eschatologique où chaque donnée est toujours saisie dans un ensemble des ensembles, secret de la démarche analogique ou de la doctrine des correspondances.



Joseph Balsamo, Comte de Cagliostro
Giuseppe Balsamo ou Joseph Balsamo, dit Alessandro, comte de Cagliostro, fut un aventurier italien né à Palerme en 1743 et mort dans la prison pontificale de San Leo, près de Urbino en 1795. Personnage mystérieux qui s’est rendu fameux au XVIII siècle, naquit d’une famille obscure. Son véritable nom était Joseph Balsamo. Au cours de sa vie, il adopta divers pseudonymes mais le nom qui a fait sa renommée est celui de Comte de Cagliostro, inspiré du nom de sa marraine.
La vie de Cagliostro est mal connue. Né dans une humble famille, il prit l’habit des Frères de la Miséricorde, religieux soignants, fut infirmier puis médecin. Chassé de sa communauté pour indélicatesses, accusé d’escroquerie, il fut obligé de quitter sa patrie et parcourut sous des noms différents la Grèce, l’Égypte, l’Arabie, la Perse, l’île de Malte, Naples, Rome et presque toutes les villes d’Europe. Il acquit dans ses voyages la connaissance de quelques secrets alchimiques et médicinaux et se fit une grande réputation par des cures merveilleuses. Il arriva en France en 1780, se fixa pendant quelque temps à Strasbourg où il fut reçu avec enthousiasme puis vint à Paris où il suscita une grande admiration. Quelque temps à la mode dans la haute société parisienne, il se fit connaître du public aristocratique comme thaumaturge… [La thaumaturgie est le miracle d’imposition des mains ou de prophétie. Du Grec « celui qui fait des tours d’adresse » qui devient à l’époque chrétienne « celui qui fait des miracles ». Thauma signifie : miracle, prodige, Urgein : produire, opérer].
…et en initié sous le patronage d’un grand seigneur, le cardinal de Rohan, prince-évêque de Strasbourg, grand aumônier de France, spéculateur averti, qui avait pressenti le parti qu’il pourrait tirer du « mage ».
Cagliostro se prétendait le disciple du comte de Saint-Germain, aventurier mystérieux, qui, à Versailles, où il avait brillé vers 1750-1760, s’était déclaré immortel. Il disait aussi posséder une eau de jouvence, sérum de perpétuelle jeunesse qu’il vendait aux crédules. Il vendait très chers différents élixirs, des pilules, faisait des tours de magie et de sorcellerie et prétendait avoir le pouvoir faire apparaître les morts. Il importa en France la Franc-Maçonnerie dite égyptienne (de Memphis Misraïm) dont le conseiller au Parlement Jean-Jacques Duval d’Eprémesnil et ses amis spéculateurs furent les zélateurs intéressés.
Son succès, prodigieux dans la bonne société parisienne, s’explique par sa personnalité ; parce que la Franc-Maçonnerie était à la mode mais surtout, parce qu’il avait derrière lui une demi-douzaine de gentilshommes qui spéculaient sur les effets que ses pouvoirs produiraient sur une société aristocratique fortunée et blasée.
En 1785, la carrière de ce sorcier de salon fut brisée par l’escroquerie connue sous le nom d’affaire du collier de la reine dans laquelle il se trouva entraîné par le cardinal de Rohan. Il fut incarcéré à la Bastille, mais, soutenu par Jacques Duval d’Eprémesnil, défendu par le brillant avocat Jean-Charles Thilorier, il fut bientôt expulsé de France (1786). Il se retira en Angleterre, puis alla en Suisse et enfin en Italie. Revenu en Italie, il erra dans diverses villes avant d’être arrêté par la Sainte Inquisition en 1789 comme suspect de pratiquer la Franc-Maçonnerie ; il y fut jugé et condamné par la justice pontificale en 1791 à la peine de mort, peine qui fut commuée en peine de prison à perpétuité. Il mourut en prison en 1795, à la Rocca di San Leo, près d’Urbino (Italie).
La plupart ne voient dans Cagliostro qu’un adroit charlatan ; quelques-uns le regardent comme un homme vraiment extraordinaire, un véritable thaumaturge, doué du don de prédire. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il produisait des effets surprenants et qu’il vivait toujours dans une grande opulence. On a supposé qu’il était l’agent d’une société secrète de Francs-Maçons qui pourvoyait à ses dépenses. On a publié à Rome, en 1790, une Vie de Cagliostro, extraite des pièces de son procès ; elle a été traduite en français.



Le but de la Franc-Maçonnerie
La quête métaphysique a toujours existé et cela certainement depuis que l’homme existe. Tchouang Tseu résumait ainsi au IVème siècle avant Jésus-Christ cette quête en disant : « Il y avait quelque chose dans un état de fusion avant la formation du ciel et de la terre... Il peut être regardé comme la Mère de l’Univers. Je ne sais pas son nom. Pour lui donner un titre, je l’appelle Voie (Tao). En m’efforçant de lui faire un nom, je l’appelle Grand ».
Car c’est bien de cela dont il s’agit : une quête métaphysique qui attire au sein de la Maçonnerie tous les hommes représentant toutes les couches sociales, tout attribut social confondu, qui s’interrogent sur le sens de leur vie et de la vie. Plutôt que de laisser des politiciens, des philosophes ou des religieux leur dicter la « meilleure façon » de penser, ces hommes préfèrent étudier librement ce que l’on appelle la Tradition afin de trouver par eux-mêmes, hors de tout dogme et de toute influence extérieure, les réponses aux questions les plus importantes que chacun peut se poser au sujet de sa vie en particulier et de la vie en général.
Peu le savent s’ils ne sont déjà Maçons, mais la Franc-Maçonnerie est actuellement la seule école initiatique encore existante.
La seule, car d’autres ont existé à d’autres époques telles que, les Rose-Croix déjà cités, les Martinistes et d’autres associations se rattachant à la même Tradition tels que et entre autres, les Esséniens et les Cathares.
Pour le moment, car ces différentes écoles non actives aujourd’hui peuvent, en fonction de certaines impulsions, de certaines intuitions et de certaines circonstances être réactivées, « réveillées ».
Initiatique, car elle délivre une initiation grâce à un Rituel précis qui permet au récipiendaire – celui qui veut entrer en Maçonnerie – de recevoir la Lumière.
Mais recevoir la Lumière est, là aussi, à comprendre de manière symbolique. Cela serait trop beau de vivre son initiation et de croire qu’ensuite tout sera différent. C’est un symbole encore une fois, comme tous les symboles que la Maçonnerie met à la disposition de ses membres. Un symbole qui ouvre sans aucun doute l’esprit à une nouvelle conception du monde, mais un symbole malgré tout qui, comme tous ceux utilisés en Maçonnerie, oblige le chercheur à faire un véritable travail à l’intérieur de lui-même. C’est ce qui est exprimé dans la formule V.I.T.R.I.O.L. que chaque récipiendaire découvre dans le Cabinet de Réflexion lors de sa préparation à la Cérémonie d’Initiation. « Visite l’Intérieur de la Terre et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée ». Inutile d'en dire plus…
La Franc-Maçonnerie, c’est à la fois l’une de ses forces et l’une des raisons des critiques qui lui sont faites, ne délivre pas une formation ou un modèle à suivre, comme beaucoup pourraient le souhaiter. Cette façon de faire existe dans des associations dites profanes mais elle possède le gros défaut d’imposer une pensée unique dans le but d’obliger ses membres à penser exclusivement de la façon qui convient à l’association. Tout autre forme de pensées étant fortement déconseillée voire même interdite.
La Maçonnerie elle n’a qu’un but : donner à chacun les moyens de se libérer de l’emprise de son environnement mental et social habituel – sans imposer aucune solution pré-établie – afin de laisser le chercheur trouver par lui-même et en lui-même la vérité qui lui semble le mieux correspondre à l’ordre naturel des choses et du monde.
C’est pour cela que la Maçonnerie attire des travailleurs sincères qui ont décidé de consacrer une partie de leur temps à l’étude de textes, à l’utilisation d’outils, de symboles et à participer à des Rituels afin de découvrir par eux-mêmes – il est important de le souligner une nouvelle fois – la réponse aux questions qu’ils se posent et que normalement tout être conscient vivant sur cette Terre se pose un jour.
La Franc-Maçonnerie n’impose rien, ne suggère rien, si ce n’est de travailler sur soi. C’est par un travail initiatique que les progrès se feront. Chacun est libre de se perfectionner comme il le souhaite, aidé, encore une fois, par des textes issus de la Tradition et par une utilisation d’outils, de symboles et de rituels tous conçus, pour éveiller la conscience individuelle.
Ces symboles proviennent de différentes origines principalement de la tradition biblique, des cabalistes, des alchimistes, des ésotéristes ainsi que de différents courants initiatiques remontant à l’Antiquité avec Pythagore et l’influence de la civilisation égyptienne, gardienne elle-même d’une Tradition encore plus ancienne.
Il serait faux de croire que les symboles utilisés en Maçonnerie lui appartiennent. La plupart existaient déjà dans la Chine antique, chez les Grecs ou encore chez les Romains.
Certains souhaiteraient que la Maçonnerie adapte ou modifie quelques-uns de ses symboles et de ses rituels au mode de pensée de l’époque actuelle. Ce serait une erreur car les symboles et les rituels utilisés en Maçonnerie n’ont pas d’actualité, ils sont intemporels et impersonnels. C’est ce qui fait leur force, leur efficacité et leur universalité. C’est ce qui fait aussi que chacun, quel que soit son niveau, ses compétences et ses capacités intellectuelles, peut les utiliser avantageusement.
Il est difficile voir même impossible de décrire ici dans le détail l’utilisation des symboles et des outils utilisés en Franc-Maçonnerie. Chargés de sens, chacun les interprétera à sa mesure. Cette interprétation évolue constamment, s’affinant sans cesse en fonction du degré d'ouverture et d’évolution du Maçon qui les étudie.
C’est d’ailleurs pour cela que beaucoup pensent que la Maçonnerie est une société secrète. En fait, la Maçonnerie n’a aucun secret si ce n’est certains signes ou attouchements utilisés comme signe de reconnaissance par les Maçons lorsqu’ils se rencontrent pour la première fois. Il existe suffisamment de livres que l’on peut trouver dans des librairies spécialisées qui en disent plus que ce que la plupart des Maçons pourront lire et entendre dans leur vie de Maçons. S’il y a un secret, c’est un secret qui concerne le Maçon lui-même, la particularité de son évolution personnelle qu’il aura obtenue grâce à son travail, à son honnêteté et à son assiduité. Il faut également reconnaître que ce travail, que cette évolution, va petit à petit faire que le Maçon réfléchira, pensera, agira et se comportera d’une façon différente de celle adoptée par la majorité de la société. C’est certainement là le seul véritable secret. Tout a déjà été dit. Tout a déjà été révélé. La différence, le fameux secret, est tellement personnel qu’il est totalement impartageable même au sein du milieu maçonnique, même entre les Maçons eux-mêmes.
Une autre raison à l’idée de la présence d’un secret en Maçonnerie, est que depuis toujours, et aujourd’hui encore, ceux qui pensent, vivent et agissent différemment ont toujours été pourchassés et éliminés par les différents pouvoirs en place. Les plus récentes persécutions ont eu lieu durant la seconde guerre mondiale lorsque l’Allemagne nazie a décidé de déporter et de supprimer une quantité impressionnante de Frères parce que leur liberté de penser, opposée bien évidemment à toute idée de dictature, représentait un danger bien réel qui pouvait concourir à court ou moyen terme à contrecarrer les projets de domination du monde par ce pays.
Les pays communistes ont eux aussi toujours pourchassé les libres-penseurs. La Russie aujourd’hui débarrassée des diktats du Parti Soviétique a permis la réouverture de Loges Maçonniques reconnues par la Grande Loge d’Angleterre, garante de l’unité d’action mais jamais de l’unité de pensées.
Les alchimistes, dépositaires eux aussi du même savoir ancestral ont dû, pour se protéger, inventer un langage codé basé sur l’utilisation de termes simples tels que l’Or, l’Argent, le Souffre, le Mercure pour dissimuler leurs concepts philosophiques libérateurs qui en a conduit plus d’un directement au bûcher.
La liberté est souvent réclamée par la majorité, mais donner aux hommes le pouvoir de se libérer eux-mêmes a représenté, représente et représentera encore pendant longtemps une menace pour ceux qui ne rêvent que d’asservir les masses inconscientes en leur imposant une doctrine qui, la plupart du temps, ne sert en définitive que les intérêts de ceux qui cherchent à l’imposer.


Critiques envers la Franc-Maçonnerie
La Franc-Maçonnerie a fait l’objet de nombreuses critiques et oppositions aux motifs très variables selon les époques et les pays, qui peuvent se regrouper en trois grands thèmes, par ordre d’apparition historique. Ces critiques sont habituellement regroupées sous les termes génériques d’antimaçonnisme :

Critiques religieuses
Statutairement, la Franc-Maçonnerie a toujours été ouverte aux membres de toutes les religions. En revanche, elle a dès son origine fait l’objet de critiques d’origine religieuse très diverses selon les pays puisqu’elles dépendent des pratiques religieuses et maçonniques spécifiques à chacun d’entre eux. Il est cependant possible d’identifier quelques grandes lignes communes.

Critiques catholiques
La principale opposition religieuse date des origines de la Franc-Maçonnerie et provient de l’Église catholique qui considère qu’elle propage le relativisme en matière religieuse, c’est-à-dire l’idée selon laquelle aucune religion ne serait plus vraie que les autres.
La première condamnation de la Franc-Maçonnerie par l’Église catholique tombe en 1738 avec la bulle du pape Clément XII In eminenti apostolatus specula. Elle est reprise par plusieurs de ses successeurs, dont le pape Benoît XIV dans l’encyclique Providas et Léon XIII dans l’encyclique Humanum Genus. En 1917, le code de droit canonique déclare explicitement que l’appartenance à une Loge Maçonnique entraîne l’excommunication automatique.
Sous le pape Jean XXIII une tentative de compréhension du phénomène Maçonnique est entreprise. Dans les années 1970, particulièrement en France, des essais de réconciliation entre l’église catholique et la Franc-Maçonnerie voient le jour. Le code révisé de 1983 ne cite plus explicitement la Franc-Maçonnerie parmi les sociétés secrètes condamnées par la loi canonique.
Toutefois, le 26 novembre 1983, une déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi alors dirigée par Joseph Ratzinger (devenu depuis le pape Benoît XVI) réaffirme l’interdiction faite aux catholiques de rejoindre la Maçonnerie sous toutes ses formes ou tendances. Le 2 mars 2007 le Vatican redit son opposition aux Francs-Maçons. « L’appartenance à la Franc-maçonnerie et à l’Église catholique sont incompatibles » aux yeux de l’Église, rappelle Mgr Gianfranco Girotti, régent du tribunal de la pénitencerie apostolique. Ce prélat souligne que « l’Église catholique a toujours critiqué la conception mystique propre à la Franc-Maçonnerie, la déclarant incompatible avec sa propre doctrine » et rappelle avec la Congrégation pour la doctrine de la foi que l’adhésion à une Loge Maçonnique demeure interdite par l’Église. Ceux qui y contreviennent sont en état de « péché grave » et ne peuvent pas avoir accès à l’eucharistie.

Critiques protestantes
Certaines Églises protestantes s’opposent également à la Franc-Maçonnerie. L’une des raisons avancées par les fondateurs d’une nouvelle Église, l’« Église méthodiste libre » en 1860, était qu’ils soupçonnaient l’Église méthodiste d’être influencée par les Francs-Maçons et les membres d’autres sociétés secrètes. L’Église méthodiste libre continue d’ailleurs à interdire à ses membres d’en faire partie. Récemment encore, la Southern Baptist Convention, la plus importante association baptiste des États-Unis, a déclaré elle aussi que l’appartenance à la Franc-Maçonnerie était incompatible avec ses croyances.

Critiques musulmanes
Les critiques musulmanes à l’encontre de la Franc-Maçonnerie sont rares et historiquement récentes. Mais elles n’en demeurent pas moins épisodiquement virulentes. À ce titre, le 15 juillet 1978, une fatwa est prononcée en Égypte par le Collège Islamique de l’Université El-Azahar du Caire. Celle-ci prohibe formellement l’Initiation Maçonnique aux musulmans. Toutefois, de nombreux pays de traditions musulmanes comme le Maroc, le Liban ou la Turquie n’ont pas intégré cette fatwa dans le cadre de leurs législations respectives.

Oppositions politiques
La Franc-Maçonnerie a été l’objet de nombreuses attaques de partis politiques catholiques, d’extrême droite, antisémites, anti-parlementaires, communistes, ou simplement anti-maçonniques. La plupart des pouvoirs totalitaires l’ont combattue. Aujourd’hui encore, elle est généralement très mal vue par les extrêmes de droite ou de gauche. Réciproquement, le fait d’avoir tenu des propos extrémistes est incompatible avec l’entrée dans de nombreuses obédiences maçonniques de plusieurs pays.

Oppositions monarchiques
Dans certaines monarchies, la Franc-Maçonnerie fut interdite pour des motifs politiques. À titre d’exemple, si les persécutions anti-maçonniques d’Espagne, en 1740, puis du Portugal, en 1744, ont une origine plus probablement religieuse que véritablement politique, celles du XVIIIe siècle en Espagne sont liées à des problématiques politiques, notamment à l’engagement de nombreux Francs-Maçons en faveur de l’indépendance des colonies espagnoles d’Amérique du Sud.

Oppositions communistes
Bien que quelques communistes célèbres aient pu être Francs-Maçons à une période de leur vie, notamment en France, les partis communistes ont toujours condamné la Franc-Maçonnerie, que les marxistes considèrent comme étant d’origine bourgeoise.
En 1922, les bolcheviks préparent une révolution mondiale. Pour Léon Trotski, les Temples Maçonniques favorisent la collaboration de classe, nécessairement contre-révolutionnaire : « La Franc-Maçonnerie est une plaie sur le corps du communisme français, qu’il faut brûler au fer rouge ». La direction du Parti communiste français donne donc l’ordre à ses adhérents Maçons de quitter leurs loges : « La dissimulation par quiconque de son appartenance à la Franc-Maçonnerie sera considérée comme une pénétration dans le parti d’un agent de l’ennemi et flétrira l’individu en cause d’une tache d’ignominie devant le prolétariat ».

Persécutions nazies
Si les principales victimes des exterminations nazies furent évidemment les juifs, les homosexuels et les tziganes, les archives actuelles du Reichssicherheitshauptamt (RSHA, bureau du haut commandement des services de sécurité), démontrent que des persécutions de Francs-Maçons furent également organisées.
Le nombre de Franc-Maçons tués à l’époque nazie n’est pas connu actuellement, mais il est estimé entre 80’000 et 200’000. Toutefois, les historiens estiment que la plupart de ceux pour lesquels les persécutions allèrent jusqu’à la déportation furent envoyés à la mort pour un ensemble de motifs (dont le plus souvent leur engagement dans les mouvements de résistance ou leur appartenance aux peuples exterminés par les nazis), et très rarement seulement au motif exclusif de leur appartenance maçonnique.


L'influence Maçonnique ou l'Opérativité Maçonnique
Il est nécessaire d’éclaircir un malentendu sur la signification de l’expression « opérativité maçonnique » ou influence des Maçons sur la gestion de la société dite profane. Selon certains, « opérer » signifie que le Maçon doit s’immiscer dans les structures sociales profanes, dans les partis et dans les différentes institutions politiques afin d’influencer les réflexions et les décisions conséquentes.
C’est ce qui fait, entre autres, la différence entre la Grande Loge Nationale de France reconnue par la Grande Loge d’Angleterre et le Grand Orient de France non reconnu. La première se refusant d’intervenir concrètement dans les affaires profanes. Le second voulant, autant par la fonction dans le monde profane de certains de ses membres que par des articles publiés dans la presse ou des conférences, proposer des sujets de réflexions voire même des solutions aux problèmes rencontrés dans la gestion de la société profane.
Cette volonté d’intervention peut être considérée, notamment par rapport aux Constitutions mais surtout par rapport à l’esprit qui doit animer le Maçon, comme l’expression de l’influence de ce que l’on peut appeler « la grande tentation » ou pire encore comme une force « déviante » du comportement maçonnique correct. La réalité de certaines actions de Maçons qui ont voulu prendre une part soi disant active dans la vie publique a surtout montré la présence d’un égocentrisme hypertrophié faisant croire aux personnes concernées qu’il était plus important de corriger et de rectifier les autres plutôt que de se corriger soi-même. Le résultat est que ces « déviations », qui font plus penser à un besoin de « briller » socialement, ont régulièrement provoqué des dommages importants à la transmission de La Véritable Tradition Maçonnique.
L’œuvre Maçonnique est de nature essentiellement individuelle, intérieure et spirituelle. Elle s’exprime uniquement au travers de dynamiques qui tendent à la découverte et à l’étude de cette Présence qui existe au centre de la conscience de chacun, c’est-à-dire de cet univers composite et complexe qui attend de se révéler à l’observateur attentif, volontaire et courageux.
C’est seulement grâce à une observation humble et silencieuse que chacun peut réaliser sa réintégration consciente dans l’Harmonie Universelle. Le Franc-Maçon, grâce à un travail de rectification assidu, constant et équilibré, peut ainsi mettre son individualité au service de I’évolution humaine en général et non pas de la sienne en particulier. Il passera d’un travail essentiellement personnel à un travail trans-personnel, en d’autres termes, de son égocentrique « moi » à un « SOI » vibrant et resplendissant dans l’éternelle présence du Grand Architecte de l’Univers, source de toutes choses présentes dans l’immensité de la Création et de la Création elle-même.
Si ces propos peuvent paraître difficiles à comprendre au premier abord, ils permettent de confirmer que la Franc-Maçonnerie met à disposition un certain savoir accessible par l’étude approfondie de symboles et d’outils dans le but unique de permettre à chacun de découvrir la véritable nature de son être individuel. Il est évident que les progrès réalisés rejailliront automatiquement sur l’entourage humain et social, mais il est faux, inutile et dangereux de s’engager en Franc-Maçonnerie dans le but d’acquérir une ascendance quelconque sur le dit entourage. L’influence, pour autant qu’il y en ait une, ne sera qu’une conséquence indépendante de la volonté du Maçon et non pas le but à atteindre.



Qu'est-ce qu'un Rite Maçonnique
Un Rite Maçonnique est constitué d’un ensemble cohérent de pratiques codifiées dans des « constitutions » (pour les principes généraux du Rite) et dans des « Rituels » (pour ce qui concerne l’organisation des Tenues). Ils existent différents Rites qui sont soient originaux soient constitués de reprises ou d’adaptations de Rites plus anciens.
Au XVIIe siècle, les Rituels Maçonniques, beaucoup plus simples que ceux d’aujourd’hui, ne devaient ni être écrits ni imprimés. De ce fait, ils ont totalement disparus à l’exception de certaines notes manuscrites ayant échappées à cette règle. L’étude de ces documents montre qu’ils évoluèrent constamment au fil du temps.
Au XVIIIe siècle, après la réorganisation des pratiques consécutive à la fondation des premières Grandes Loges nationales, les Ancients et les Moderns pratiquent de nouveau des Rituels assez similaires, qui ne se distinguent que par un petit nombre de différences, telles que la place dans le Temple de certains éléments symboliques ; la manière de transmettre les mots de passe ou la présence plus ou moins importante de références à la religion chrétienne.
Dès les années 1740, on voit apparaître de nouvelles divergences qui poussent à une normalisation des différentes pratiques afin de les rassembler en un ensemble cohérent et stable sous la dénomination de Rites Maçonniques.

Les idées maîtresses de la Franc-Maçonnerie
La Franc-Maçonnerie prodigue un enseignement ésotérique, adogmatique et progressif à l’aide de symboles et de rituels. Elle encourage ses membres à œuvrer pour le progrès de l’humanité, tout en laissant à chacun le soin de préciser à sa convenance le sens de ces mots. La bienfaisance est l’un de ses moyens d’action. Sa vocation se veut universelle bien que ses pratiques et ses modes d’organisation soient extrêmement variables selon les pays et les époques. Elle réunit, dans de nombreux pays répartis sur toute la surface du globe, des personnes qui se sont donné pour but de travailler à leur amélioration spirituelle et morale.
La Franc-Maçonnerie vise à former avant tout des Initiés, c’est-à-dire des hommes éclairés, travaillant à leur propre purification et à leur propre réalisation intérieure. Malheureusement, certains groupements à visée obscure se sont déclarés appartenir à la Franc-Maçonnerie trouvant là une manière originale d’attirer à eux des personnages aux idées orientées essentiellement sur le pouvoir, la manipulation et l’enrichissement personnel. Ces groupements dès qu’ils sont démasqués sont rejetés de l’organisation maçonnique pour autant qu’ils en eussent fait partie. Le public n’est averti que des cas les plus scandaleux ce qui, malheureusement donne une image particulièrement négative de la Franc-Maçonnerie qui ne correspond en aucune façon à sa véritable réalité.
Les Francs-Maçons comme d’autres membres d’associations humaines ont, à certains moments de l’histoire, été déclarés responsables de certains des maux de la société. C’est d’une part, leur donner un pouvoir qu’ils n’ont pas et qu’ils n’ont jamais eu et d’autre part, méconnaître totalement la finalité que chaque Maçon souhaite atteindre en entrant en Franc-Maçonnerie. Cela est certainement dû au fameux secret dont nous avons déjà parlé et au fait que lorsqu’un pays affronte des difficultés d’ordre économique, social ou autres, on cherche toujours un bouc-émissaire afin de masquer aux populations mécontentes l’origine des véritables problèmes rencontrés. Problèmes qui relèvent la plupart du temps de l’incapacité chronique des dirigeants politiques à gérer correctement les affaires dont ils ont pris la responsabilité souvent plus préoccupés par la satisfaction égocentrée de leurs besoins personnels que par la satisfaction de ceux qui les ont élus et qui leur ont donné leur confiance.

Qu'est-ce qu'une Loge Maçonnique
D’après le Larousse, « Réunion de Francs-Maçons, lieu où ils s’assemblent ». Une Loge est donc à la fois réunion et lieu de cette réunion. Il devrait apparaître que, si l’on peut utiliser la même expression pour désigner un lieu et une assemblée, c’est que ce lieu est de la même nature que l’assemblée en cause, qu’il n’a s’ensuivant plus rien de spatial, de dimensionnel. En effet, lorsque des Francs-Maçons se réunissent en Loge, ils ne se rendent qu’apparemment dans un lieu donné, à un endroit géographiquement situable ; en réalité, ils se rendent – chacun en lui-même – dans un Lieu de réception de la Lumière auquel ils ont consacré leur vie intérieure. En d’autres termes, ils se rendent « à l’Orient », à l’endroit intérieur d’où procède la Lumière, d’où l’on assiste au lever de l’Astre du Jour.


Les travaux en Loge
Les travaux, effectués en Loge par les Maçons, on parlera de Planches, sont de deux ordres : philosophiques ou symboliques.
Le travail ou la Planche sera dite Philosophique lorsque le Maçon traitera d’un sujet d’ordre philosophique tel que et entre autres : la Liberté, la Mort, la Justice, l’Amour ou encore le Libre Arbitre.
Symbolique car comme ce terme l’indique le Maçon présentera une réflexion personnelle sur tel ou tel symbole, sur tel ou tel outil et sur sa manière à lui, personnelle mais malgré tout inspirée par la Tradition, d’utiliser le symbole ou l’outil en question.
A ses début, le Maçon est qualifié d’Apprenti pour une période plus ou moins longue. Durant celle-ci, il est placé sous la responsabilité conjointe d’un Parrain et d’un Officier de la Loge dont la fonction est entre autres, d’accompagner les Apprentis dans la découverte des symboles, des outils et des différents Rituels attachés à son degré. Durant cette période, étant dans la situation symbolique elle aussi, d’avoir tout à apprendre, l’Apprenti ne pourra prendre la Parole durant les travaux en Loge. Il se voit également attribué les tâches les plus communes afin de connaître ou de redécouvrir l’humilité, la valeur du travail correctement fait et la connaissance des différents composants qui entrent dans la conduite d’une Tenue ou d’une séance de travail en Loge..

Les outils et les symboles
Tout est toujours question de symbole en Maçonnerie – l’Apprenti a pour devoir de dégrossir sa Pierre Brute afin de la dépouiller de ses aspérités et de la rapprocher d’une forme en rapport avec sa fonction. C’est un produit grossier que l’Apprenti doit polir et transformer au moyens d’outils qui sont mis à sa disposition, la Règle, le Maillet et le Ciseau.
La Règle est l’emblème de la rectitude de la pensée et de la droiture des sentiments. C’est un outil actif, divisé en 24 portions qui symbolisent la journée du Franc-Maçon dont toutes les heures doivent être utilement employées. Ragon, un auteur reconnu dans la compréhension des symboles maçonniques, précise que sans Règle, l’industrie serait aventureuse, les arts défectueux, les sciences incohérentes, la logique vagabonde, la législation arbitraire, la musique discordante et la philosophie obscure.
Le Maillet dont la forme rappelle le Tau grec représente la force de la conscience qui doit purifier les pensées et les actions de tout Maçon. C’est également un outil actif qui représente l’emblème du travail par excellence, qui aide à renverser les obstacles et à surmonter les difficultés.
Plantagenet, un autre auteur apprécié, considère le Maillet comme un symbole d’intelligence qui agit et persévère. Il dirige la pensée et anime la méditation de celui qui dans le silence de sa conscience cherche la vérité. Il est inséparable du Ciseau qui représente le discernement sans l’intervention duquel l’effort serait vain, sinon dangereux.
Le Ciseau symbolise quant à lui le travail de perfectionnement intellectuel et moral que chaque Maçon doit pratiquer sans relâche sur lui-même. Par extension, le progrès individuel conduit l’Humanité au progrès universel. Le Franc-Maçon plus que tout autre a le devoir de conformer sa vie à ces principes.
L’usage du Ciseau serait presque nul sans le concours du Maillet. C’est pourquoi, sur le plan intellectuel, ces deux outils concourent au même but. Le Maillet ne doit pas être une masse lourde et brutale, car la volonté ne doit être ni obstination ni entêtement, elle doit être simplement ferme et persévérante. Comme l’homme ne peut agir directement sur la Matière, c’est alors que le Ciseau servira d’intermédiaire.
Ce dernier devra être toujours bien affûté indiquant qu’il faut sans cesse revoir les connaissances acquise et ne pas les laisser s’émousser.


Tenue
Une Tenue est une réunion régulière de Maçons d’une même Loge organisée dans le but de partager les travaux qui auront été préalablement prévus. Cette Tenue obéi à des règles pré-définies que chaque membre de la Loge connaît et respecte comme faisant partie intégrante du Rituel attaché à la Loge.
On ne peut pas se présenter en Loge sans être vêtu de façon appropriée. C’est une question de respect et d’uniformité afin que chacun, quelque soit ses moyens, son origine et son statut social ne puisse se différencier des autres Frères. C’est l’esprit qui préside et non pas la matière qui nous entoure et qui nous vêt…
Pour cette occasion, le Maçon portera des Décors correspondant au degré auquel il appartient. Vêtu d’un costume sombre, d’une cravate sombre et d’une chemise blanche, le Maçon revêt avant son entrée en Loge un Tablier généralement en peau d’agneau munie d’une bavette qui se replie à l’intérieur afin de rappeler à l’Initié qu’il est une Pierre Brute à dégrossir. Ce tablier n’a pas d’ornement au degré d’Apprenti.
Symbolique, ce Tablier sert à couvrir, à protéger et à s’isoler des influences nocives. Il couvre la partie inférieure du corps, surtout le bas-ventre et masque de ce fait les parties sexuelles de l’individu que la Tradition reconnaît comme le siège de l’affectivité et des passions. La partie supérieure du corps est donc mise en évidence, siège des facultés raisonnables et spirituelles, car elle seule participe au travail.

Degrés
La première partie de l'Initiation est purement négative puisqu’elle enjoint le Maçon à se débarrasser de ses défauts, de purifier son être physique, intellectuel et moral. La seconde constitue sa re-naissance.
En fonction des progrès accomplis, l’Apprenti va toucher une augmentation de Salaire constituée par sa promotion au 2ème degré, celui de Compagnon. Ce dernier travaille la Pierre Cubique dégrossie pendant tout son apprentissage avec de nouveaux outils correspondants à son Degré. Cette fois-ci, c’est une Initiation positive puisqu’après avoir rejeté les erreurs, l’Initié marche à la conquête de la Vérité.
Ensuite, au 3ème Degré, le Compagnon devient Maître, le « Maçon Parfait » qui lui donne la plénitude de ses droits maçonniques. Le Maître, en plus de son Tablier de Maître, porte un cordon en écharpe de droite à gauche.